samedi 30 novembre 2013

Ma soeur est morte aujourd'hui.

Ma soeur Lucie est morte aujourd'hui.

Je n'aurai jamais écrit ce billet de blog, mais hier elle m'a demandé si j'avais un blog. Comme j'en avais un elle a souhaité que je parle d'elle en quelques lignes. C'était ses dernières volontés et me voila en train de les exécuter. J'aurai préféré ne pas faire ça comme ça, en tout cas pas ici, mais bon c'était une fille 2.0 alors voila ...

Que vais-je dire d'elle ? Je pense qu'en me demandant ça elle voulait un peu se perpétuer à travers le net alors je vais un peu raconter qui elle était. Tout ce que je pourrai dire sera de toute façon très incomplet.

Avant l'accident en été 2007 qui allait la rendre paraplégique et sa tentative de suicide par défenestration en 2010 qui allait la rendre tétraplégique ma soeur était une fille pleine de potentielle mais qui a eu une adolescence très difficile à cause du cancer de  notre mère puis de la séparation de ses parents.

Sa relation avec sa mère a toujours été très difficile. En 2000 je lui ai donné de l'argent pour acheter un cadeau pour l'anniversaire de notre mère car elle n'avait pas réussi à économiser. Le lendemain, le jour de l'anniversaire elle avait tout claqué et pas de cadeau pour la maman...

Encore avant quand j'étais revenu d'Israël en 1998 pour quelques mois chez ma mère les disputes faisaient rage et pouvaient vraiment être violente. Ma mère se plaignait d'être battue, moi je ne n'ai jamais pu le vérifier.

En 2007 pendant les vacances d'été nous devions avec ma femme et ma fille nous rendre à Mortagne chez ma mère mais nous avons du avancer notre voyage. Un coup de fil allait m'apprendre que ma mère s'était engagé dans la traversée d'une nationale sans voir la voiture qui allait la percuter et rendre Lucie paraplégique. Après plusieurs semaine de coma Lucie s'est reveillé et a essayé de tomber de son lit car elle pensait qu'elle faisait un cauchemar.

Lucie était une petite fille merveilleuse, quand je pense à elle je repense surtout à sa petite bobine espiègle et ses grosses lunettes. Qu'est-ce qu'elle pouvait me faire rire, elle était adorable toujours à imaginer des histoires abracadabrantes. Je me souviens d'un film qu'on avait réalisé avec le camescope de notre beau-père et qui nous avait donné des fou-rires. Et quand elle pleurait je fondais immédiatement, ces instants passés avec elle était du vrai bonheur, c'est se souvenir que j'emporte avec moi.

Puis il y a eu une époque très sombre pour elle quand le cancer de notre mère a commencé mais j'avais à cette époque mes propres difficultés, je vivais loin d'eux et je n'ai pas très bien compris ce qu'il se passait.

 Je pense que ç'est à ce moment là que Lucie a commencé  à avoir une vie compliquée. Ma mère montrait en permanence sa souffrance et Lucie ressentait de la culpabilité à chaque fois qu'elle voulait s'éloigner d'elle pour respirer. Ma mère qui était malade avait tissé un piège affectif autour de sa fille. Lucie n'avait que la violence pour essayer de s'en dégager, cette violence sur ma mère était une preuve supplémentaire de souffrance, ce qui provoquait une plus grande culpabilité pour Lucie. C'était un cercle viscieux, un cercle perverse. On peut dire qu'elle a vraiment été la victime d'une perverse narcissique qui l'a détruit jusqu'au bout. Et nous nous n'avions rien vu.

Après l'accident, ma mère qui n'avait somme toute rien eu de très grâve, continuer d'apparaitre plus touché et plus en souffrance que sa fille devenue handicapée. C'est à ce moment que j'ai pris mes distances sérieusement vis à vis de ma mère.

Et pourtant Lucie avait une énergie folle et une très grande créativité, en elle la petite fille était bien là et revenait balayer tous les pessimismes et toutes les anguoisses d'un revers de la main. Malgré toutes les difficultés rencontrées elle repartait plein pot avec une énergie communicative, puis une fois cette phase passée la part d'ombre revenait et elle faisait le vide autour d'elle, un peu comme dans un cycle maniaco-depressif.

Même tétraplégique mes échanges avec elle étaient riches, je voyais bien qu'elle faisait beaucoup d'efforts pour me tenir la dragée haute et elle y arrivait.

Petite soeur tu n'a pas voulu de l'acharnement thérapeutique qui allait te donner la possibilité de vivre quelques années de galère supplémentaire. C'est là une marque de courage qui te caractérise bien, j'espère que l'on se retrouvera un jour.

Bye.

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