Il existe un pays où les oiseaux passent
Mais ne se posent pas
C'est un pays où les rêves se cassent
Où l'on ne se repose pas
D'un oeuil il dort de l'autre il veille
Le dragon dit la messe
Mais pour lui c'est maintenant pareil
Ses écailles le blessent
La mort me guette, et chaque jour le risque de rater ma vie augmente. Un jour je rencontre le Zen qui propose de ne rien atteindre. Mais ça, c'est encore plus dur que de ne pas rater sa vie. On ne peut pas comprendre cette idée avec des explications logiques, mais avec de petites histoires on peut partager son intuition.
jeudi 19 mai 2016
mercredi 4 mai 2016
Devant moi
Elle est devant moi et je n'arrive pas à la rattraper.
Je n'arrive pas à rejoindre ma fille. Elle est sur sa trottinette et moi sur la mienne.
J'ai pris le sac et je lui ai laissé un peu d'avance. Tout cela sans penser que l'on ferait une course. Puis on a pris la route du retour elle avait un peu d'avance, 30 mètres au plus. J'ai cherché à la rattraper mais je n'arrivai jamais à combler la distance. Alors j'ai accéléré.
Pourtant la distance se maintenait voir grossissait un peu. Je décide de pousser encore plus fort. Mon manteau et mon pull sont beaucoup trop chauds et je sue avec l'effort. Cette sensation est désagréable. J'aime suer dans l'effort mais avec les habits adaptés. Je me sentais coincés dans mes habits et dans mon corps.
Je redouble d'effort et je sens que je n'arriverai pas à donner plus. Ce qui m'agace c'est que l'on a pas dit que l'on ferait une course et je n'ai pas l'impression qu'elle en fasse trop. Elle a juste l'air de pousser sa trottinette en toute tranquillité, sans même remarquer que je suis derrière. Et moi secrètement je rame pour la rattraper.
L'épreuve ne dure pas trop longtemps car la maison arrive vite et quand j'arrive elle est déjà dans sa chambre, la trottinette est rangée correctement dans la remise.
J'accuse le coup, ma fille m'a juste battue à plat de couture. Je me souviens à quel point cela a été difficile pour mon père de reconnaître que je le battais au ping-pong. Malgré les résultats des matchs il prétextait toujours une défaite à "vocation pédagogique". Si il avait vraiment voulu se donner ça ne se serait pas passé comme ça ...
Moi je me suis vraiment donné et ça s'est bien passé comme ça : ma fille est plus rapide que moi en trottinette.
On en parle pas, quand elle redescend pour manger, le sujet n'est pas abordé et on parle d'autres choses.
Trois semaines après on en parlera et elle se souvenait très bien de cette course. Elle m’avouera qu'elle avait tout fait pour que je ne puisse pas la rattraper et qu'elle avait cru qu'elle tomberait en syncope.
Je n'arrive pas à rejoindre ma fille. Elle est sur sa trottinette et moi sur la mienne.
J'ai pris le sac et je lui ai laissé un peu d'avance. Tout cela sans penser que l'on ferait une course. Puis on a pris la route du retour elle avait un peu d'avance, 30 mètres au plus. J'ai cherché à la rattraper mais je n'arrivai jamais à combler la distance. Alors j'ai accéléré.
Pourtant la distance se maintenait voir grossissait un peu. Je décide de pousser encore plus fort. Mon manteau et mon pull sont beaucoup trop chauds et je sue avec l'effort. Cette sensation est désagréable. J'aime suer dans l'effort mais avec les habits adaptés. Je me sentais coincés dans mes habits et dans mon corps.
Je redouble d'effort et je sens que je n'arriverai pas à donner plus. Ce qui m'agace c'est que l'on a pas dit que l'on ferait une course et je n'ai pas l'impression qu'elle en fasse trop. Elle a juste l'air de pousser sa trottinette en toute tranquillité, sans même remarquer que je suis derrière. Et moi secrètement je rame pour la rattraper.
L'épreuve ne dure pas trop longtemps car la maison arrive vite et quand j'arrive elle est déjà dans sa chambre, la trottinette est rangée correctement dans la remise.
J'accuse le coup, ma fille m'a juste battue à plat de couture. Je me souviens à quel point cela a été difficile pour mon père de reconnaître que je le battais au ping-pong. Malgré les résultats des matchs il prétextait toujours une défaite à "vocation pédagogique". Si il avait vraiment voulu se donner ça ne se serait pas passé comme ça ...
Moi je me suis vraiment donné et ça s'est bien passé comme ça : ma fille est plus rapide que moi en trottinette.
On en parle pas, quand elle redescend pour manger, le sujet n'est pas abordé et on parle d'autres choses.
Trois semaines après on en parlera et elle se souvenait très bien de cette course. Elle m’avouera qu'elle avait tout fait pour que je ne puisse pas la rattraper et qu'elle avait cru qu'elle tomberait en syncope.
mercredi 27 avril 2016
Oubli vite
- Vas y je le vois, accélère !
L'homme passa derrière l'arbre et y resta.
- Trop tard !
Ils se précipitèrent derrière l'arbre à leur tour mais il était trop tard, l'homme avait totalement disparu.
Dans le parc les pierres s'ennuyaient et les arbres s'étaient résignés à pousser là où on le leur avait ordonné.
Luc s'ennuyait aussi, il trouvait vain l'acharnement de Philippe à vouloir saisir les spectres.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Depuis deux ans maintenant Marie avait disparu. Philippe l'avait retrouvé morte après une semaine en déplacement professionnel. Cette semaine devait marquer un tournant dans leur relation. Enfin c'est ce qu'il pensait mais pas de cette façon là. Il s'était décidé à ne pas l'appeler et c'est elle qui devrait l'appeler. Il en avait assez d'être toujours celui des deux qui faisait l'effort de venir vers elle. Fatigué à chaque appel de recevoir cet accueil mitigé :
- Philippe
Puis le silence. Son accueil consistait à citer son nom simplement puis attendre qu'il parle. Pour renforcer l'aspect rituel Philippe répliquait toujours un
- Ça va ?
Qui n'avait plus aucun enthousiasme mais qu'il disait très vite pour ne pas être gagné par une sorte d’angoisse.
Cette fois il serait ferme ! Il n'appellerai pas le premier même si cela devait durer toute la semaine.
La première soirée fut difficile. Après 20h, heure qu'il dépassait rarement pour appeler il ne reçut pour son silence aucune réponse. A minuit il se mit au lit sans sommeil.
Enfin mercredi vint. Et là il se sentait assez équipé pour appeler et reprocher. Donc il appela. Et aucune réponse. Le répondeur au bout de six sonneries annonçait ce message qu'il connaissait : "bonjour vous êtes bien sur le répondeur de Marie, laissez-moi votre message je vous rappellerez."
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
On appelait ça les spectres mais on ne savait pas ce que c'était, cela avait démarré quelques années avant la mort de Marie.
Les dates des souvenirs de Philippe s'articulent autour de la mort de Marie. Deux ans avant la mort de Marie, trois ans après la mort de Marie, etc. Il y avait aussi l'année du divorce de ses parents, l'année de son bac et l'année de son retour en France qui servaient également de point d'ancrage dans les souvenirs, des sortes de repère temporel. mais ces derniers temps il n'avait pas eu besoin de remuer ces souvenirs là. La question des spectres l'accaparait totalement et il ne remontait plus si loin.
Personne ne comprenait ce qu'était les spectres mais le phénomène était maintenant totalement reconnu, les scientifiques le considérait comme une sorte de réalité augmentée. N'importe où, un personnage mort pouvait s'ajouter à votre perception, on percevait bien que ce n'était pas tout à fait réel, un peu comme un mauvais effet spécial au cinéma. Il y avait toutes sortes d’imperfections subtiles que l'inconscient collectait et qui faisaient que l'image ne collait pas totalement à la réalité, les ombres, l'intégration de l'image dans la perspective, sans parler de l'improbabilité de la présence du spectre dans le lieu. Enfin et surtout le spectre était comme dépourvu d'initiative, de volition, son comportement, son regard était constant comme s'il venait uniquement pour porter le message de sa présence.
Mais ce n'était pas de la folie, car ces visions étaient partagées. Si vous voyez un spectre dans votre baignoire, après quelques hurlements un proche vous rejoint et constate à son tour la présence du spectre. Il en fera à peu près la même description que vous.
Cette réalité augmentée ne se limitait pas à la sphère de la vue, on pouvait entendre, sentir et toucher un spectre. Mais si l'on perdait le contact avec lui alors il disparaissait. Par exemple s'il passait derrière un arbre alors que votre seul contact avec lui était un contact visuel, moins d'une seconde de coupure suffisait à le faire disparaître.
L'humanité n'en revenait toujours pas, voilà quatre ans que ce phénomène avait pris place et aucune explication claire n'avait émergée. On avait du s'en accommoder tout de même. Après l'effet de surprise les apprentissages pour "gérer" le problème sont apparues.
D'abord les spectres n'étaient pas si fréquent que cela, à moins que vous soyez un "addict" comme Philippe. Puis l'on avait appris à s'en séparer. Il fallait perdre le contact sensoriel pour qu'ils disparaissent. Quand la rencontre était collective il fallait que tout le monde coupe le contact, si un seul le gardait le spectre se maintenait.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Philippe était un "addict". Les spectres sont effrayants, instinctivement vous ressentez une très grande peur. Comme si notre nature profonde nous indiquait un danger. Naturellement on recule et on essaye au plus vite de couper le contact. Sauf quand on est un addict.
Les addicts n'échappent pas au phénomène de surprise et de rejet mais c'est mêlé à une sorte d’excitation. Ils dominent leurs peurs et au contraire se rapprochent du spectre et tentent de le toucher. A ce moment un phénomène étonnant se produit. Le spectre semble réaliser votre présence et vous regarde fixement. Il peut même dans ce cas tourner la tête vers vous, quelque chose change dans son regard. Le spectre disparaît alors et un phénomène étonnant se produit.
Ne demandez pas à un addict ce qu'il a ressenti au moment du contact, car en y mettant des mots le souvenir particulier de cette expérience disparaît.
Certains disent que l'addict fait l'expérience de l'état émotionnel du spectre au moment de sa mort et qu'une fois l'expérience faite ils veulent constamment la reproduire. Mais cette explication est jugée insuffisante par les addicts eux-mêmes qui disent que c'est beaucoup plus complexe. Quand on leur demande plus d'explications ils répondent invariablement qu'il faut faire soit-même sa propre expérience, que cela vaut bien plus que toutes les explications.
Les addicts voient beaucoup plus de spectres que les individus "normaux", c'est pourquoi on évite de les fréquenter, ce sont des individus souvent hors du commun et intéressants mais leur fréquentation nous amène à faire trop d'expériences désagréables. C'est pourquoi ils se retrouvent souvent entre eux.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Luc et Philippe se fréquentaient depuis deux ans maintenant, depuis la mort de Marie en fait. Luc était perdu, accompagner la peine de Philippe lui avait donné un but. Mais depuis peu la quête de Philippe pour prendre contact avec Marie était devenue de l'acharnement, Philippe était obsédé et négligeait tout ce qui l'entourait, Luc compris.
Plus on touchait de spectres plus on en faisait venir d'autres plus sur un plan probabiliste on augmentait les chances d'entrer en contact avec Marie. Philippe ne réalisait pas le ridicule se son raisonnement, l'augmentation de ses chances étaient très faibles, il noyait son chagrin d'expériences de contact tout simplement.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Jeudi il appela dans la journée, plusieurs fois. Aucune réponse. A chaque fois il laissait un nouveau message au répondeur pour exprimer son anxiété et pousser Marie à rappeler. Vendredi il reprit la route de la maison et choisit de ne pas faire sa journée ce qui en situation de déplacement était très embarrassant pour son employeur. Il prétexta que Marie avait eu un accident grave et que de toutes façons il ne parviendrait pas à se concentrer. C'était pas si éloigné de la vérité.
Devant la porte se tenait un spectre, une femme asiatique un peu ronde qu'il avait vu quelques fois dans son voisinage. Comme si le monde entier partageait ses angoisses il lui adressa la parole
- Est-ce que Marie est là ? Vous l'avez vue ?
Et il se rapprocha d'elle car il voulait aussi atteindre la porte, la répulsion habituelle n'avait pas agi, et pourtant il savait inconsciemment que c'était un spectre.
Juste avant le contact la femme le fixa et répondit
- oui
- hein ! mais ...
Il n'y avait plus personne pour poursuivre la conversation. Philippe avait peur, il avait ressenti une sorte de cruauté très aiguë dans ce dernier échange. C'était sa première expérience de contact. Il ouvrit la porte et trouva Marie dans le canapé, un filet de vomi sur sa joue avait séché.
Le médecin avait daté son suicide au mercredi en début de journée. Une très grosse dose de médicament.
Il a été ferme jusqu'à mercredi effectivement. La culpabilité le dévorait, l'incompréhension le déchirait, il se demandait si l'expérience avec le spectre était une coincidence ou si cela exprimait autre chose. Ce "oui" de la part de cette spectre prenait un sens différent. Mais pourquoi cette sensation aiguë de cruauté. Il n'arrivait pas à donner du sens, il ne savait pas s'il devait en chercher un.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Face aux traumatismes psychologiques provoqués par les spectres, en particulier dans les expériences involontaires de contact, les gouvernements avaient organisé des groupes de paroles qui rencontrèrent un grand succès. Une collaboration internationale avait permis de mettre en place les groupes, en fournissant les supports vidéos, papiers, les applications sur internet traduits dans plus de 50 langues. Un examen, un certificat et tout un processus de jury avait été mis en place pour valider la fonction d'animateur de groupe. Les premiers pilotes avaient été organisé avec des psychologues chevronnés pour garantir leur succès et créer une bonne réputation. Rapidement tout le monde rejoignit un groupe, le besoin était très fort. Le phénomène spectre étaient une première mondiale mais le succès de la réponse qui en avait découlé en était une autre. Sur les 7 milliards de personnes que comptait la planète 5 avait été dans un groupe de parole en un peu moins de deux ans. L'humanité avait appris et les groupes commençaient à décliner.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
C'est dans l'un de ces groupes que Philippe et Luc se rencontrèrent. Luc venait de se séparer et cherchait une raison de poursuivre sa vie. Il eut sincèrement pitié de Philippe et devint son ami, ils se créerrent une rélation faite de moment de partage de secrets, ou chacun mettait à nu ses sentiments. Luc et Philippe purent supporter leurs blessures le temps qu'elles cicatrisent un peu.
Philippe n'était vraiment pas en paix. Il cherchait encore à donner du sens à ce qu'il avait vécu. Pour lui la seule solution était d'entrer en contact avec le spectre de Marie. C'était la seule solution pour comprendre. Comprendre ce qu'il n'avait jamais pu comprendre. Comment avait-elle pu lui échapper à ce point. Pourquoi s'était il autant éloigné. Et s'il avait du lutter pour se rapprocher ne se serait-il pas épuisé ? Est-ce qu'elle l'aurait laissé faire ?
Il fit le choix du désespéré, courir après tous les spectres possibles avec la probabilité très faible de la rencontrer elle. Même s'il savait très bien qu'il n'avait que très peu de chances c'était autant une pénitence qu'un hommage. Cette nouvelle vie le rongeait mais il n'en envisageait pas d'autres. Il perdit dabord son travail, il n'avait pas beaucoup de relation avec sa famille ou celle de Marie et cela ne changea pas grand chose. Quant à ses amis d'avant ils étaient effrayés et ne pouvaient pas maintenir une relation avec un addict. Bref Luc fut rapidement sa seule relation, et Luc commençait à en avoir marre.
Luc était fidèle et l'accompagnait dans sa chasse au spectre, mais il ne cherchait pas les contacts, ils étaient accidentels, ce n'était pas un vrai addict. Pour cela et aussi pour lui-même il décida d'engager une psychothérapie.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Luc vint à méditer. Au départ son psychologue lui proposa de pratiquer la pleine conscience, puis il apprit qu'un maitre zen avait inspiré son créateur. Alors il voulut connaitre le zen. Il s'assit et trouva cela douloureux mais quelque chose lui plaisait dans cette pratique. On lui dit qu'il ne fallait rien attendre, rien espérer, tant pis pour la douleur il ne faut pas plus la rejeter qu'il ne faut saisir le plaisir, il faut laisser passer les pensées et même la pensée de laisser passer les pensées.
On le mettait en garde devant tous ces gens qui ont des attentes et qui au bout d'un moment cessent le zen car ils n'ont jamais vraiment renoncé à obtenir quelque chose. Mais il s'en foutait, inconsciemment il savait que sa pratique était juste. Il était heureux pendant la pratique. S'asseoir droit et juste observer ne pouvait être que la seule chose juste face à l'absurdité de l'existence. Il n'avait eu besoin d'aucune explication supplémentaire pous s'en convaincre. Luc était un enfant précoce qui poussaient les raisonnements jusqu'au bout. Et au bout il y avait l'absurde, la poursuite de la vérité se terminait toujours par un éclat de rire du diable.
S'asseoir et ne rien atteindre pas même le fait de ne rien atteindre était absurde. Ce qui lui convenait très bien. Le monde était absurde, en prenant une posture absurde il était en harmonie. Le monde est trop infini pour en attraper la moindre poussière, en décidant de ne rien faire on a un joli spectacle. C'était autant un bras d'honneur à la fatalité qu'une marque de respect.
A la fin de chaque zazen il se sentait léger, il riait de tout. Cela ne durait pas très longtemps, c'était inexplicable mais il n'avait pas besoin de davantage pour poursuivre.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Philippe se fatiguait, son extrémisme l'épuisait. Sa course après les spectres étaient une successions d'échecs, il enchaînait les douleurs aux frustrations. Il se mettait à pleurer spontanément, il était rentré en dépression. Luc ne pouvait pas faire grand chose.
Luc préparait ses affaires pour partir en sesshin pendant 10 jours. La pratique l'éloignait physiquement de Philippe, et comme Philippe semblait s'en moquer et qu'à lui cela lui faisait beaucoup de bien il se disait que finalement tout le monde y trouvait son compte. Mais était-ce si sûr ? En fait Philippe voyait bien que Luc s'éloignait et se savait responsable de cette situation.
Luc ferma la porte de sa maison, la clé dans la main droite et sa valise dans l'autre. Quand il se retourna, Philippe était devant lui
- Philippe ?
- Je viens avec toi
- Quoi
- Ca te gène ?
- Euh non ...
- Alors s'il te plait allons y je veux sortir de ça, prends moi avec toi !
Luc inspira, il savait que la volonté de sortir de ses souffrances est une erreur, ce n'est pas la voie, mais est-ce qu'on avait pas tous démarré comme ça ?
Luc expira
- Ok mais si tu viens tu vas au bout !
- Oui aller jusqu'au bout de mes conneries c'est ma spécialité
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Philippe reçut l'initiation. Luc était trop novice pour faire l'initiation alors on chargea une pratiquante de le faire. Elle s'appelait Pêche. Pêche lui expliqua l'assise, les pensées que l'on devait laisser passer, la position des mains, le regard, les pensées que l'on devait laisser passer, la bascule du bassin et les pensées que l'on devait laisser passer. Puis les douleurs, l'abandon des objectifs, le relâchement des épaules, les pensées que l'on devait laisser passer et le menton que l'on devait rentrer.
Philippe et Pêche pratiquèrent pendant une demi-heure. Philippe ne pouvait pas tenir compte de toutes les instructions en même temps alors il se concentra sur ce qu'il avait retenu : laisser passer les pensées. Et il n'y arrivait pas très bien, en fait il trouvait cela contradictoire. Comment pouvait-on penser à ne pas penser ? Pourtant il fit cette expérience pendant quelques secondes. Il avait vécu cet état contradictoire mais durant cette expérience il ne se sentait pas en contradiction.
Il expliqua à Pêche ce qu'il avait vécu, elle le regarda avec une sorte de tendresse. Un regard un peu épuisé, un regard qui avait pleuré mais qui lui souriait tout en lui disant "je te trouve mignon". Il refit alors cette expérience de ne rien penser puis il sentit que Pèche n'avait pas détaché son regard. Là il ne pouvait pas douter c'était un regard tendre et amusé. Il n'avait pas été regardé de cette façon depuis longtemps, l'avait-il déjà été en fait ?
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Il était troublé, il avait le sentiment d'être tombé amoureux mais cette fille lui semblait tellement avancée dans la pratique qu'il ne savait pas exactement ce qui donnait corps à son désir, ce regard qui l'avait cajolé, cette femme qu'il trouvait très belle ou de l'admiration. Il était vraiment troublé. Il avait vu des spectres quand il marchait seul dans les jardins et n'avait pas cherché à les suivre, il baissa les yeux et ils disparurent.
Les séances d'assises s’enchaînaient et laissaient peu de temps à ces contacts visuels, elle continuait à lui renvoyer ce regard et lui ne savait plus se retenir d'en demander. Puis quelque chose bascula. Il se sentit honteux et cessa de la regarder.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Il était assis et sentait qu'il se tenait droit. Au milieu de toute cette période confuse, au milieu des douleurs il se tenait à distance, sans les fuir mais sans les coller. Il y avait beaucoup de bien être qui résultait de cette expérience nouvelle, mais là aussi il se tenait à distance.
Puis l'improbable arriva. Le spectre de Marie apparut devant lui, bien réel tout autant qu'on pouvait l'être à cette époque pour un spectre. Luc reconnut cette femme que Philippe lui avait tant de fois montré en photo. Philippe perdait sa concentration, quant à Luc il ne pouvait pas détacher son regard de cette rencontre incroyable.
Philippe voulait se lever pour aller la toucher mais en décroisant ses jambes étaient totalement ankylosées, il se leva et retomba lourdement sur la hanche. Pêche se leva sans effort et toucha le spectre puis se rassit comme si rien ne s'était passé. Luc et Philippe la regardaient hébétés. Elle semblait avoir très mal, son visage s'était tendu au contact mais il redevenait normal.
La cloche sonna, Philippe était furieux. Quand Pêche sortit du Dojo il lui attrapa le bras.
Et disparut.
L'homme passa derrière l'arbre et y resta.
- Trop tard !
Ils se précipitèrent derrière l'arbre à leur tour mais il était trop tard, l'homme avait totalement disparu.
Dans le parc les pierres s'ennuyaient et les arbres s'étaient résignés à pousser là où on le leur avait ordonné.
Luc s'ennuyait aussi, il trouvait vain l'acharnement de Philippe à vouloir saisir les spectres.
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Depuis deux ans maintenant Marie avait disparu. Philippe l'avait retrouvé morte après une semaine en déplacement professionnel. Cette semaine devait marquer un tournant dans leur relation. Enfin c'est ce qu'il pensait mais pas de cette façon là. Il s'était décidé à ne pas l'appeler et c'est elle qui devrait l'appeler. Il en avait assez d'être toujours celui des deux qui faisait l'effort de venir vers elle. Fatigué à chaque appel de recevoir cet accueil mitigé :
- Philippe
Puis le silence. Son accueil consistait à citer son nom simplement puis attendre qu'il parle. Pour renforcer l'aspect rituel Philippe répliquait toujours un
- Ça va ?
Qui n'avait plus aucun enthousiasme mais qu'il disait très vite pour ne pas être gagné par une sorte d’angoisse.
Cette fois il serait ferme ! Il n'appellerai pas le premier même si cela devait durer toute la semaine.
La première soirée fut difficile. Après 20h, heure qu'il dépassait rarement pour appeler il ne reçut pour son silence aucune réponse. A minuit il se mit au lit sans sommeil.
Enfin mercredi vint. Et là il se sentait assez équipé pour appeler et reprocher. Donc il appela. Et aucune réponse. Le répondeur au bout de six sonneries annonçait ce message qu'il connaissait : "bonjour vous êtes bien sur le répondeur de Marie, laissez-moi votre message je vous rappellerez."
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On appelait ça les spectres mais on ne savait pas ce que c'était, cela avait démarré quelques années avant la mort de Marie.
Les dates des souvenirs de Philippe s'articulent autour de la mort de Marie. Deux ans avant la mort de Marie, trois ans après la mort de Marie, etc. Il y avait aussi l'année du divorce de ses parents, l'année de son bac et l'année de son retour en France qui servaient également de point d'ancrage dans les souvenirs, des sortes de repère temporel. mais ces derniers temps il n'avait pas eu besoin de remuer ces souvenirs là. La question des spectres l'accaparait totalement et il ne remontait plus si loin.
Personne ne comprenait ce qu'était les spectres mais le phénomène était maintenant totalement reconnu, les scientifiques le considérait comme une sorte de réalité augmentée. N'importe où, un personnage mort pouvait s'ajouter à votre perception, on percevait bien que ce n'était pas tout à fait réel, un peu comme un mauvais effet spécial au cinéma. Il y avait toutes sortes d’imperfections subtiles que l'inconscient collectait et qui faisaient que l'image ne collait pas totalement à la réalité, les ombres, l'intégration de l'image dans la perspective, sans parler de l'improbabilité de la présence du spectre dans le lieu. Enfin et surtout le spectre était comme dépourvu d'initiative, de volition, son comportement, son regard était constant comme s'il venait uniquement pour porter le message de sa présence.
Mais ce n'était pas de la folie, car ces visions étaient partagées. Si vous voyez un spectre dans votre baignoire, après quelques hurlements un proche vous rejoint et constate à son tour la présence du spectre. Il en fera à peu près la même description que vous.
Cette réalité augmentée ne se limitait pas à la sphère de la vue, on pouvait entendre, sentir et toucher un spectre. Mais si l'on perdait le contact avec lui alors il disparaissait. Par exemple s'il passait derrière un arbre alors que votre seul contact avec lui était un contact visuel, moins d'une seconde de coupure suffisait à le faire disparaître.
L'humanité n'en revenait toujours pas, voilà quatre ans que ce phénomène avait pris place et aucune explication claire n'avait émergée. On avait du s'en accommoder tout de même. Après l'effet de surprise les apprentissages pour "gérer" le problème sont apparues.
D'abord les spectres n'étaient pas si fréquent que cela, à moins que vous soyez un "addict" comme Philippe. Puis l'on avait appris à s'en séparer. Il fallait perdre le contact sensoriel pour qu'ils disparaissent. Quand la rencontre était collective il fallait que tout le monde coupe le contact, si un seul le gardait le spectre se maintenait.
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Philippe était un "addict". Les spectres sont effrayants, instinctivement vous ressentez une très grande peur. Comme si notre nature profonde nous indiquait un danger. Naturellement on recule et on essaye au plus vite de couper le contact. Sauf quand on est un addict.
Les addicts n'échappent pas au phénomène de surprise et de rejet mais c'est mêlé à une sorte d’excitation. Ils dominent leurs peurs et au contraire se rapprochent du spectre et tentent de le toucher. A ce moment un phénomène étonnant se produit. Le spectre semble réaliser votre présence et vous regarde fixement. Il peut même dans ce cas tourner la tête vers vous, quelque chose change dans son regard. Le spectre disparaît alors et un phénomène étonnant se produit.
Ne demandez pas à un addict ce qu'il a ressenti au moment du contact, car en y mettant des mots le souvenir particulier de cette expérience disparaît.
Certains disent que l'addict fait l'expérience de l'état émotionnel du spectre au moment de sa mort et qu'une fois l'expérience faite ils veulent constamment la reproduire. Mais cette explication est jugée insuffisante par les addicts eux-mêmes qui disent que c'est beaucoup plus complexe. Quand on leur demande plus d'explications ils répondent invariablement qu'il faut faire soit-même sa propre expérience, que cela vaut bien plus que toutes les explications.
Les addicts voient beaucoup plus de spectres que les individus "normaux", c'est pourquoi on évite de les fréquenter, ce sont des individus souvent hors du commun et intéressants mais leur fréquentation nous amène à faire trop d'expériences désagréables. C'est pourquoi ils se retrouvent souvent entre eux.
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Luc et Philippe se fréquentaient depuis deux ans maintenant, depuis la mort de Marie en fait. Luc était perdu, accompagner la peine de Philippe lui avait donné un but. Mais depuis peu la quête de Philippe pour prendre contact avec Marie était devenue de l'acharnement, Philippe était obsédé et négligeait tout ce qui l'entourait, Luc compris.
Plus on touchait de spectres plus on en faisait venir d'autres plus sur un plan probabiliste on augmentait les chances d'entrer en contact avec Marie. Philippe ne réalisait pas le ridicule se son raisonnement, l'augmentation de ses chances étaient très faibles, il noyait son chagrin d'expériences de contact tout simplement.
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Jeudi il appela dans la journée, plusieurs fois. Aucune réponse. A chaque fois il laissait un nouveau message au répondeur pour exprimer son anxiété et pousser Marie à rappeler. Vendredi il reprit la route de la maison et choisit de ne pas faire sa journée ce qui en situation de déplacement était très embarrassant pour son employeur. Il prétexta que Marie avait eu un accident grave et que de toutes façons il ne parviendrait pas à se concentrer. C'était pas si éloigné de la vérité.
Devant la porte se tenait un spectre, une femme asiatique un peu ronde qu'il avait vu quelques fois dans son voisinage. Comme si le monde entier partageait ses angoisses il lui adressa la parole
- Est-ce que Marie est là ? Vous l'avez vue ?
Et il se rapprocha d'elle car il voulait aussi atteindre la porte, la répulsion habituelle n'avait pas agi, et pourtant il savait inconsciemment que c'était un spectre.
Juste avant le contact la femme le fixa et répondit
- oui
- hein ! mais ...
Il n'y avait plus personne pour poursuivre la conversation. Philippe avait peur, il avait ressenti une sorte de cruauté très aiguë dans ce dernier échange. C'était sa première expérience de contact. Il ouvrit la porte et trouva Marie dans le canapé, un filet de vomi sur sa joue avait séché.
Le médecin avait daté son suicide au mercredi en début de journée. Une très grosse dose de médicament.
Il a été ferme jusqu'à mercredi effectivement. La culpabilité le dévorait, l'incompréhension le déchirait, il se demandait si l'expérience avec le spectre était une coincidence ou si cela exprimait autre chose. Ce "oui" de la part de cette spectre prenait un sens différent. Mais pourquoi cette sensation aiguë de cruauté. Il n'arrivait pas à donner du sens, il ne savait pas s'il devait en chercher un.
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Face aux traumatismes psychologiques provoqués par les spectres, en particulier dans les expériences involontaires de contact, les gouvernements avaient organisé des groupes de paroles qui rencontrèrent un grand succès. Une collaboration internationale avait permis de mettre en place les groupes, en fournissant les supports vidéos, papiers, les applications sur internet traduits dans plus de 50 langues. Un examen, un certificat et tout un processus de jury avait été mis en place pour valider la fonction d'animateur de groupe. Les premiers pilotes avaient été organisé avec des psychologues chevronnés pour garantir leur succès et créer une bonne réputation. Rapidement tout le monde rejoignit un groupe, le besoin était très fort. Le phénomène spectre étaient une première mondiale mais le succès de la réponse qui en avait découlé en était une autre. Sur les 7 milliards de personnes que comptait la planète 5 avait été dans un groupe de parole en un peu moins de deux ans. L'humanité avait appris et les groupes commençaient à décliner.
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C'est dans l'un de ces groupes que Philippe et Luc se rencontrèrent. Luc venait de se séparer et cherchait une raison de poursuivre sa vie. Il eut sincèrement pitié de Philippe et devint son ami, ils se créerrent une rélation faite de moment de partage de secrets, ou chacun mettait à nu ses sentiments. Luc et Philippe purent supporter leurs blessures le temps qu'elles cicatrisent un peu.
Philippe n'était vraiment pas en paix. Il cherchait encore à donner du sens à ce qu'il avait vécu. Pour lui la seule solution était d'entrer en contact avec le spectre de Marie. C'était la seule solution pour comprendre. Comprendre ce qu'il n'avait jamais pu comprendre. Comment avait-elle pu lui échapper à ce point. Pourquoi s'était il autant éloigné. Et s'il avait du lutter pour se rapprocher ne se serait-il pas épuisé ? Est-ce qu'elle l'aurait laissé faire ?
Il fit le choix du désespéré, courir après tous les spectres possibles avec la probabilité très faible de la rencontrer elle. Même s'il savait très bien qu'il n'avait que très peu de chances c'était autant une pénitence qu'un hommage. Cette nouvelle vie le rongeait mais il n'en envisageait pas d'autres. Il perdit dabord son travail, il n'avait pas beaucoup de relation avec sa famille ou celle de Marie et cela ne changea pas grand chose. Quant à ses amis d'avant ils étaient effrayés et ne pouvaient pas maintenir une relation avec un addict. Bref Luc fut rapidement sa seule relation, et Luc commençait à en avoir marre.
Luc était fidèle et l'accompagnait dans sa chasse au spectre, mais il ne cherchait pas les contacts, ils étaient accidentels, ce n'était pas un vrai addict. Pour cela et aussi pour lui-même il décida d'engager une psychothérapie.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Luc vint à méditer. Au départ son psychologue lui proposa de pratiquer la pleine conscience, puis il apprit qu'un maitre zen avait inspiré son créateur. Alors il voulut connaitre le zen. Il s'assit et trouva cela douloureux mais quelque chose lui plaisait dans cette pratique. On lui dit qu'il ne fallait rien attendre, rien espérer, tant pis pour la douleur il ne faut pas plus la rejeter qu'il ne faut saisir le plaisir, il faut laisser passer les pensées et même la pensée de laisser passer les pensées.
On le mettait en garde devant tous ces gens qui ont des attentes et qui au bout d'un moment cessent le zen car ils n'ont jamais vraiment renoncé à obtenir quelque chose. Mais il s'en foutait, inconsciemment il savait que sa pratique était juste. Il était heureux pendant la pratique. S'asseoir droit et juste observer ne pouvait être que la seule chose juste face à l'absurdité de l'existence. Il n'avait eu besoin d'aucune explication supplémentaire pous s'en convaincre. Luc était un enfant précoce qui poussaient les raisonnements jusqu'au bout. Et au bout il y avait l'absurde, la poursuite de la vérité se terminait toujours par un éclat de rire du diable.
S'asseoir et ne rien atteindre pas même le fait de ne rien atteindre était absurde. Ce qui lui convenait très bien. Le monde était absurde, en prenant une posture absurde il était en harmonie. Le monde est trop infini pour en attraper la moindre poussière, en décidant de ne rien faire on a un joli spectacle. C'était autant un bras d'honneur à la fatalité qu'une marque de respect.
A la fin de chaque zazen il se sentait léger, il riait de tout. Cela ne durait pas très longtemps, c'était inexplicable mais il n'avait pas besoin de davantage pour poursuivre.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Philippe se fatiguait, son extrémisme l'épuisait. Sa course après les spectres étaient une successions d'échecs, il enchaînait les douleurs aux frustrations. Il se mettait à pleurer spontanément, il était rentré en dépression. Luc ne pouvait pas faire grand chose.
Luc préparait ses affaires pour partir en sesshin pendant 10 jours. La pratique l'éloignait physiquement de Philippe, et comme Philippe semblait s'en moquer et qu'à lui cela lui faisait beaucoup de bien il se disait que finalement tout le monde y trouvait son compte. Mais était-ce si sûr ? En fait Philippe voyait bien que Luc s'éloignait et se savait responsable de cette situation.
Luc ferma la porte de sa maison, la clé dans la main droite et sa valise dans l'autre. Quand il se retourna, Philippe était devant lui
- Philippe ?
- Je viens avec toi
- Quoi
- Ca te gène ?
- Euh non ...
- Alors s'il te plait allons y je veux sortir de ça, prends moi avec toi !
Luc inspira, il savait que la volonté de sortir de ses souffrances est une erreur, ce n'est pas la voie, mais est-ce qu'on avait pas tous démarré comme ça ?
Luc expira
- Ok mais si tu viens tu vas au bout !
- Oui aller jusqu'au bout de mes conneries c'est ma spécialité
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Philippe reçut l'initiation. Luc était trop novice pour faire l'initiation alors on chargea une pratiquante de le faire. Elle s'appelait Pêche. Pêche lui expliqua l'assise, les pensées que l'on devait laisser passer, la position des mains, le regard, les pensées que l'on devait laisser passer, la bascule du bassin et les pensées que l'on devait laisser passer. Puis les douleurs, l'abandon des objectifs, le relâchement des épaules, les pensées que l'on devait laisser passer et le menton que l'on devait rentrer.
Philippe et Pêche pratiquèrent pendant une demi-heure. Philippe ne pouvait pas tenir compte de toutes les instructions en même temps alors il se concentra sur ce qu'il avait retenu : laisser passer les pensées. Et il n'y arrivait pas très bien, en fait il trouvait cela contradictoire. Comment pouvait-on penser à ne pas penser ? Pourtant il fit cette expérience pendant quelques secondes. Il avait vécu cet état contradictoire mais durant cette expérience il ne se sentait pas en contradiction.
Il expliqua à Pêche ce qu'il avait vécu, elle le regarda avec une sorte de tendresse. Un regard un peu épuisé, un regard qui avait pleuré mais qui lui souriait tout en lui disant "je te trouve mignon". Il refit alors cette expérience de ne rien penser puis il sentit que Pèche n'avait pas détaché son regard. Là il ne pouvait pas douter c'était un regard tendre et amusé. Il n'avait pas été regardé de cette façon depuis longtemps, l'avait-il déjà été en fait ?
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Il était troublé, il avait le sentiment d'être tombé amoureux mais cette fille lui semblait tellement avancée dans la pratique qu'il ne savait pas exactement ce qui donnait corps à son désir, ce regard qui l'avait cajolé, cette femme qu'il trouvait très belle ou de l'admiration. Il était vraiment troublé. Il avait vu des spectres quand il marchait seul dans les jardins et n'avait pas cherché à les suivre, il baissa les yeux et ils disparurent.
Les séances d'assises s’enchaînaient et laissaient peu de temps à ces contacts visuels, elle continuait à lui renvoyer ce regard et lui ne savait plus se retenir d'en demander. Puis quelque chose bascula. Il se sentit honteux et cessa de la regarder.
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Il était assis et sentait qu'il se tenait droit. Au milieu de toute cette période confuse, au milieu des douleurs il se tenait à distance, sans les fuir mais sans les coller. Il y avait beaucoup de bien être qui résultait de cette expérience nouvelle, mais là aussi il se tenait à distance.
Puis l'improbable arriva. Le spectre de Marie apparut devant lui, bien réel tout autant qu'on pouvait l'être à cette époque pour un spectre. Luc reconnut cette femme que Philippe lui avait tant de fois montré en photo. Philippe perdait sa concentration, quant à Luc il ne pouvait pas détacher son regard de cette rencontre incroyable.
Philippe voulait se lever pour aller la toucher mais en décroisant ses jambes étaient totalement ankylosées, il se leva et retomba lourdement sur la hanche. Pêche se leva sans effort et toucha le spectre puis se rassit comme si rien ne s'était passé. Luc et Philippe la regardaient hébétés. Elle semblait avoir très mal, son visage s'était tendu au contact mais il redevenait normal.
La cloche sonna, Philippe était furieux. Quand Pêche sortit du Dojo il lui attrapa le bras.
Et disparut.
jeudi 31 mars 2016
L'amour c'est lourd
Parfois l'amour c'est lourd.
Je suis tombé dans un regard lors d'une sesshin et j'arrive pas à remonter. En même temps il y avait à la fois une gentillesse profonde et de l’espièglerie qui s'en dégageait. A ce moment là j'avais pas envie de me dégager, mais maintenant j'ai glissé et je suis au fond.
Et puis c'est elle qui a fait feu, je suis presque une victime. Elle a commencé à me regarder avec une très grande intensité, je baissais le regard et je sentais que ça l'amusait. Elle le faisait avec à la fois de l'amour, de l'amusement et tout de même une sacré détermination.
Pour ne plus avoir peur des zombies une psy a proposé à ma fille de regarder les préparations de tournage, la construction des effets spéciaux. Ça permet de prendre du recul. C'est un peu ce que je fais ici, j'enquête sur les secrets du tournage.
Une autre fille que je rencontrais pour la première fois a flashé sur moi et me colle. Elle ne m’intéressait pas du tout. Elle était plutôt intelligente mais elle finissait par me gêner car elle ne cachait pas ses désirs et je ne sais pas être brutal dans ces cas là. Ces coïncidences me font souvent penser qu'il y a des relations subtiles entre des événements qui semblent sans lien. Je perçois que ces relations existent mais je n'arrive pas à les comprendre.
Bon je reviens à elle.
Elle était belle, elle était assise un peu plus loin sur le dojo et je pouvais la regarder. Sa posture était superbe, son corps redressé sur le zafu était puissant. Une érection splendide. Sa coiffure avec un élastique sur le sommet de la tête en faisait une guerrière. Une guerrière d'elle même.
Ce qui est étrange c'est que je n'arrive plus à me souvenir du sujet de notre premier échange, mais c'était animé et elle finissait ses phrases en me regardant droit dans les yeux. Il y avait à la fois un sourire et quelque chose de bien droit. C'est là que j'ai commencé à perdre pied.
Je me sentais assez fort pour jouer avec ça, mal m'en a pris, je ne l'étais pas du tout. J'ai pris du plaisir à plonger dans son regard en ne me rendant pas compte que je ne faisais pas que prendre du plaisir. Je développais de l'attachement.
Il y a eu au moins une chose positive dans ces mésaventures c'est que j'ai mieux compris une partie de la coproduction conditionnées :
......
Le contact crée la sensation
La sensation crée l'attachement
L'attachement crée le devenir
.....
Pour les parties avant et après c'est moins clair mais pour cette partie là c'est devenu évident. Mon devenir est que je fais tout ce qui est possible en ce moment pour aller sur Paris et essayer de recréer un contact.
Ensuite mes sentiments sont devenus plus forts mais surtout plus lourds. J'ai perçu un blocage, je n'arrivais plus à lui parler sans me sentir entravé. Elle a du le sentir et inconsciemment a mis plus de retenu dans les échanges.
Cette sesshin très longue est devenue trop courte, et je ne pouvais pas faire autrement que de la regarder. Elle devait bien s'en rendre compte. Au moment de partir je suis allé lui dire au-revoir. Bizarrement je n'ai pas été timide, il fallait que je le fasse, elle m'a serré dans ses bras de façon inattendue et je suis reparti avec des flammes dans le cœur.
Maintenant j'aimerai qu'elle s'attache, qu'elle ai envie de me voir, qu'elle soit un peu malheureuse de ne pas m'avoir. C'est pas très joli et j'espère que ça ne marchera pas.
C'est lourd
Je suis tombé dans un regard lors d'une sesshin et j'arrive pas à remonter. En même temps il y avait à la fois une gentillesse profonde et de l’espièglerie qui s'en dégageait. A ce moment là j'avais pas envie de me dégager, mais maintenant j'ai glissé et je suis au fond.
Et puis c'est elle qui a fait feu, je suis presque une victime. Elle a commencé à me regarder avec une très grande intensité, je baissais le regard et je sentais que ça l'amusait. Elle le faisait avec à la fois de l'amour, de l'amusement et tout de même une sacré détermination.
Pour ne plus avoir peur des zombies une psy a proposé à ma fille de regarder les préparations de tournage, la construction des effets spéciaux. Ça permet de prendre du recul. C'est un peu ce que je fais ici, j'enquête sur les secrets du tournage.
Une autre fille que je rencontrais pour la première fois a flashé sur moi et me colle. Elle ne m’intéressait pas du tout. Elle était plutôt intelligente mais elle finissait par me gêner car elle ne cachait pas ses désirs et je ne sais pas être brutal dans ces cas là. Ces coïncidences me font souvent penser qu'il y a des relations subtiles entre des événements qui semblent sans lien. Je perçois que ces relations existent mais je n'arrive pas à les comprendre.
Bon je reviens à elle.
Elle était belle, elle était assise un peu plus loin sur le dojo et je pouvais la regarder. Sa posture était superbe, son corps redressé sur le zafu était puissant. Une érection splendide. Sa coiffure avec un élastique sur le sommet de la tête en faisait une guerrière. Une guerrière d'elle même.
Ce qui est étrange c'est que je n'arrive plus à me souvenir du sujet de notre premier échange, mais c'était animé et elle finissait ses phrases en me regardant droit dans les yeux. Il y avait à la fois un sourire et quelque chose de bien droit. C'est là que j'ai commencé à perdre pied.
Je me sentais assez fort pour jouer avec ça, mal m'en a pris, je ne l'étais pas du tout. J'ai pris du plaisir à plonger dans son regard en ne me rendant pas compte que je ne faisais pas que prendre du plaisir. Je développais de l'attachement.
Il y a eu au moins une chose positive dans ces mésaventures c'est que j'ai mieux compris une partie de la coproduction conditionnées :
......
Le contact crée la sensation
La sensation crée l'attachement
L'attachement crée le devenir
.....
Pour les parties avant et après c'est moins clair mais pour cette partie là c'est devenu évident. Mon devenir est que je fais tout ce qui est possible en ce moment pour aller sur Paris et essayer de recréer un contact.
Ensuite mes sentiments sont devenus plus forts mais surtout plus lourds. J'ai perçu un blocage, je n'arrivais plus à lui parler sans me sentir entravé. Elle a du le sentir et inconsciemment a mis plus de retenu dans les échanges.
Cette sesshin très longue est devenue trop courte, et je ne pouvais pas faire autrement que de la regarder. Elle devait bien s'en rendre compte. Au moment de partir je suis allé lui dire au-revoir. Bizarrement je n'ai pas été timide, il fallait que je le fasse, elle m'a serré dans ses bras de façon inattendue et je suis reparti avec des flammes dans le cœur.
Maintenant j'aimerai qu'elle s'attache, qu'elle ai envie de me voir, qu'elle soit un peu malheureuse de ne pas m'avoir. C'est pas très joli et j'espère que ça ne marchera pas.
C'est lourd
samedi 26 mars 2016
L'insconscient est structuré comme un langage
Je me suis usé les yeux sur cette phrase de Lacan, que cela voulait-il dire ? Puis ce soir j'ai eu un éclair.
En allant à Paris je me suis livré à deux actes manqués. Je pense que ce sont des actes manqués car c'est le genre de choses que je ne fais jamais habituellement.
Dans le train qui arrive à Paris j'oublie ma valise et avant de reprendre le train pour repartir j'oublie la valise en salle de réunion.
Les actes manqués sont la preuve selon Freud de l'existence de l'inconscient. Pour voir l'inconscient et pour comprendre sa structure il faut regarder les actes manqués.
Alors pourquoi structuré comme un langage ?
A travers ces deux actes manqués je construis une phrase : je pose mes valises à Paris.
Impossible à ce moment là de m'avouer que je voulais m'installer à Paris. Et pour le faire remonter l'inconscient à travers mes oublis contruis une phrase qui est assez direct "je pose mes valises à Paris" mais qui est aussi une métaphore.
La métaphore est un procédé de langage qui consiste à transporter le sens du genre à l'espèce (selon Aristote). On le comprend bien dans cette exemple, "je pose mes valises à Paris" transporte le genre "Bagage" à l'espèce "Maison".
Mon acte manqué est une ici une métaphore, c'est pourquoi on peut dire que l'insconscient est structuré comme un langage.
En allant à Paris je me suis livré à deux actes manqués. Je pense que ce sont des actes manqués car c'est le genre de choses que je ne fais jamais habituellement.
Dans le train qui arrive à Paris j'oublie ma valise et avant de reprendre le train pour repartir j'oublie la valise en salle de réunion.
Les actes manqués sont la preuve selon Freud de l'existence de l'inconscient. Pour voir l'inconscient et pour comprendre sa structure il faut regarder les actes manqués.
Alors pourquoi structuré comme un langage ?
A travers ces deux actes manqués je construis une phrase : je pose mes valises à Paris.
Impossible à ce moment là de m'avouer que je voulais m'installer à Paris. Et pour le faire remonter l'inconscient à travers mes oublis contruis une phrase qui est assez direct "je pose mes valises à Paris" mais qui est aussi une métaphore.
La métaphore est un procédé de langage qui consiste à transporter le sens du genre à l'espèce (selon Aristote). On le comprend bien dans cette exemple, "je pose mes valises à Paris" transporte le genre "Bagage" à l'espèce "Maison".
Mon acte manqué est une ici une métaphore, c'est pourquoi on peut dire que l'insconscient est structuré comme un langage.
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