Vendredi
Vendredi enfin ! C'est le jour ou l'on a le droit de se bourrer la gueule. Ou pour le dire dans des termes plus chastes, le jour où l'on a le droit de s'ennivrer.
On peut se demander pourquoi pas Jeudi. Ou même pourquoi pas tous les jours !
En fait quand j'allais au lycée, je fumais du hash quand l'opportunité se présentait. Je n'avais pas de règles. Pourquoi je ne fumais pas tous les jours : parceque je n'en avais pas envie ou alors pas d'opportunité.
En y repensant je ne suis plus sur, est-ce que dans ma jeunesse je me régulais ou était-ce les contingences de l'époque qui faisait que je ne commettais pas d'éxcès. Je n'arrive plus à me souvenir.
Mais le corps lui, sait très bien quand il faut s'arréter. Il suffit de ne pas parler plus fort que lui pour que sa voie domine. Et parfois, il m'ordonne de m'emnivrer.
Oui cela peut choquer mais c'est vrai. L'ivresse participe de l'équilibre.
Combien de fois je ne l'ai pas écouté mon corps. Combien de fois était-il fatigué, las de ces verres que je reprenais, de ces cigarettes que j'enflammais. Et pourtant, je les avalais, je les fumais.
C'est ici qu'intervient la discipline. On peut croire que c'est une posture mentale consistant à se laisser guider par des règles rigides, des programmations déconnectés des besoins, mais quand on la pratique on se rend compte qu'elle constitue une opportunité de laisser d'autres choses s'exprimer.
De temps en temps dans ma vie je choisis de ne me plus m'ennivrer de bouffe, car il est presque permanent chez moi de trop manger. Puis las, fatigué des mauvaises conscéquences de ces comportements je décide de me rationner. Et là au bout de quelques jours seulement je ressens un sentiment exquis de maitrise, et mes capacités intellectuelles reviennent. Je me sens alerte, vif, espiègle, prêt à beaucoup.
Enfin, je lache, je me dis qu'il vaut mieux revenir à ma médiocrité pour rester accessible. Je n'ai plus qu'à me morfondre sur ma balance.
La mort me guette, et chaque jour le risque de rater ma vie augmente. Un jour je rencontre le Zen qui propose de ne rien atteindre. Mais ça, c'est encore plus dur que de ne pas rater sa vie. On ne peut pas comprendre cette idée avec des explications logiques, mais avec de petites histoires on peut partager son intuition.
vendredi 13 décembre 2013
samedi 30 novembre 2013
Ma soeur est morte aujourd'hui.
Ma soeur Lucie est morte aujourd'hui.
Je n'aurai jamais écrit ce billet de blog, mais hier elle m'a demandé si j'avais un blog. Comme j'en avais un elle a souhaité que je parle d'elle en quelques lignes. C'était ses dernières volontés et me voila en train de les exécuter. J'aurai préféré ne pas faire ça comme ça, en tout cas pas ici, mais bon c'était une fille 2.0 alors voila ...
Que vais-je dire d'elle ? Je pense qu'en me demandant ça elle voulait un peu se perpétuer à travers le net alors je vais un peu raconter qui elle était. Tout ce que je pourrai dire sera de toute façon très incomplet.
Avant l'accident en été 2007 qui allait la rendre paraplégique et sa tentative de suicide par défenestration en 2010 qui allait la rendre tétraplégique ma soeur était une fille pleine de potentielle mais qui a eu une adolescence très difficile à cause du cancer de notre mère puis de la séparation de ses parents.
Sa relation avec sa mère a toujours été très difficile. En 2000 je lui ai donné de l'argent pour acheter un cadeau pour l'anniversaire de notre mère car elle n'avait pas réussi à économiser. Le lendemain, le jour de l'anniversaire elle avait tout claqué et pas de cadeau pour la maman...
Encore avant quand j'étais revenu d'Israël en 1998 pour quelques mois chez ma mère les disputes faisaient rage et pouvaient vraiment être violente. Ma mère se plaignait d'être battue, moi je ne n'ai jamais pu le vérifier.
En 2007 pendant les vacances d'été nous devions avec ma femme et ma fille nous rendre à Mortagne chez ma mère mais nous avons du avancer notre voyage. Un coup de fil allait m'apprendre que ma mère s'était engagé dans la traversée d'une nationale sans voir la voiture qui allait la percuter et rendre Lucie paraplégique. Après plusieurs semaine de coma Lucie s'est reveillé et a essayé de tomber de son lit car elle pensait qu'elle faisait un cauchemar.
Lucie était une petite fille merveilleuse, quand je pense à elle je repense surtout à sa petite bobine espiègle et ses grosses lunettes. Qu'est-ce qu'elle pouvait me faire rire, elle était adorable toujours à imaginer des histoires abracadabrantes. Je me souviens d'un film qu'on avait réalisé avec le camescope de notre beau-père et qui nous avait donné des fou-rires. Et quand elle pleurait je fondais immédiatement, ces instants passés avec elle était du vrai bonheur, c'est se souvenir que j'emporte avec moi.
Puis il y a eu une époque très sombre pour elle quand le cancer de notre mère a commencé mais j'avais à cette époque mes propres difficultés, je vivais loin d'eux et je n'ai pas très bien compris ce qu'il se passait.
Je pense que ç'est à ce moment là que Lucie a commencé à avoir une vie compliquée. Ma mère montrait en permanence sa souffrance et Lucie ressentait de la culpabilité à chaque fois qu'elle voulait s'éloigner d'elle pour respirer. Ma mère qui était malade avait tissé un piège affectif autour de sa fille. Lucie n'avait que la violence pour essayer de s'en dégager, cette violence sur ma mère était une preuve supplémentaire de souffrance, ce qui provoquait une plus grande culpabilité pour Lucie. C'était un cercle viscieux, un cercle perverse. On peut dire qu'elle a vraiment été la victime d'une perverse narcissique qui l'a détruit jusqu'au bout. Et nous nous n'avions rien vu.
Après l'accident, ma mère qui n'avait somme toute rien eu de très grâve, continuer d'apparaitre plus touché et plus en souffrance que sa fille devenue handicapée. C'est à ce moment que j'ai pris mes distances sérieusement vis à vis de ma mère.
Et pourtant Lucie avait une énergie folle et une très grande créativité, en elle la petite fille était bien là et revenait balayer tous les pessimismes et toutes les anguoisses d'un revers de la main. Malgré toutes les difficultés rencontrées elle repartait plein pot avec une énergie communicative, puis une fois cette phase passée la part d'ombre revenait et elle faisait le vide autour d'elle, un peu comme dans un cycle maniaco-depressif.
Même tétraplégique mes échanges avec elle étaient riches, je voyais bien qu'elle faisait beaucoup d'efforts pour me tenir la dragée haute et elle y arrivait.
Petite soeur tu n'a pas voulu de l'acharnement thérapeutique qui allait te donner la possibilité de vivre quelques années de galère supplémentaire. C'est là une marque de courage qui te caractérise bien, j'espère que l'on se retrouvera un jour.
Bye.
Je n'aurai jamais écrit ce billet de blog, mais hier elle m'a demandé si j'avais un blog. Comme j'en avais un elle a souhaité que je parle d'elle en quelques lignes. C'était ses dernières volontés et me voila en train de les exécuter. J'aurai préféré ne pas faire ça comme ça, en tout cas pas ici, mais bon c'était une fille 2.0 alors voila ...
Que vais-je dire d'elle ? Je pense qu'en me demandant ça elle voulait un peu se perpétuer à travers le net alors je vais un peu raconter qui elle était. Tout ce que je pourrai dire sera de toute façon très incomplet.
Avant l'accident en été 2007 qui allait la rendre paraplégique et sa tentative de suicide par défenestration en 2010 qui allait la rendre tétraplégique ma soeur était une fille pleine de potentielle mais qui a eu une adolescence très difficile à cause du cancer de notre mère puis de la séparation de ses parents.
Sa relation avec sa mère a toujours été très difficile. En 2000 je lui ai donné de l'argent pour acheter un cadeau pour l'anniversaire de notre mère car elle n'avait pas réussi à économiser. Le lendemain, le jour de l'anniversaire elle avait tout claqué et pas de cadeau pour la maman...
Encore avant quand j'étais revenu d'Israël en 1998 pour quelques mois chez ma mère les disputes faisaient rage et pouvaient vraiment être violente. Ma mère se plaignait d'être battue, moi je ne n'ai jamais pu le vérifier.
En 2007 pendant les vacances d'été nous devions avec ma femme et ma fille nous rendre à Mortagne chez ma mère mais nous avons du avancer notre voyage. Un coup de fil allait m'apprendre que ma mère s'était engagé dans la traversée d'une nationale sans voir la voiture qui allait la percuter et rendre Lucie paraplégique. Après plusieurs semaine de coma Lucie s'est reveillé et a essayé de tomber de son lit car elle pensait qu'elle faisait un cauchemar.
Lucie était une petite fille merveilleuse, quand je pense à elle je repense surtout à sa petite bobine espiègle et ses grosses lunettes. Qu'est-ce qu'elle pouvait me faire rire, elle était adorable toujours à imaginer des histoires abracadabrantes. Je me souviens d'un film qu'on avait réalisé avec le camescope de notre beau-père et qui nous avait donné des fou-rires. Et quand elle pleurait je fondais immédiatement, ces instants passés avec elle était du vrai bonheur, c'est se souvenir que j'emporte avec moi.
Puis il y a eu une époque très sombre pour elle quand le cancer de notre mère a commencé mais j'avais à cette époque mes propres difficultés, je vivais loin d'eux et je n'ai pas très bien compris ce qu'il se passait.
Je pense que ç'est à ce moment là que Lucie a commencé à avoir une vie compliquée. Ma mère montrait en permanence sa souffrance et Lucie ressentait de la culpabilité à chaque fois qu'elle voulait s'éloigner d'elle pour respirer. Ma mère qui était malade avait tissé un piège affectif autour de sa fille. Lucie n'avait que la violence pour essayer de s'en dégager, cette violence sur ma mère était une preuve supplémentaire de souffrance, ce qui provoquait une plus grande culpabilité pour Lucie. C'était un cercle viscieux, un cercle perverse. On peut dire qu'elle a vraiment été la victime d'une perverse narcissique qui l'a détruit jusqu'au bout. Et nous nous n'avions rien vu.
Après l'accident, ma mère qui n'avait somme toute rien eu de très grâve, continuer d'apparaitre plus touché et plus en souffrance que sa fille devenue handicapée. C'est à ce moment que j'ai pris mes distances sérieusement vis à vis de ma mère.
Et pourtant Lucie avait une énergie folle et une très grande créativité, en elle la petite fille était bien là et revenait balayer tous les pessimismes et toutes les anguoisses d'un revers de la main. Malgré toutes les difficultés rencontrées elle repartait plein pot avec une énergie communicative, puis une fois cette phase passée la part d'ombre revenait et elle faisait le vide autour d'elle, un peu comme dans un cycle maniaco-depressif.
Même tétraplégique mes échanges avec elle étaient riches, je voyais bien qu'elle faisait beaucoup d'efforts pour me tenir la dragée haute et elle y arrivait.
Petite soeur tu n'a pas voulu de l'acharnement thérapeutique qui allait te donner la possibilité de vivre quelques années de galère supplémentaire. C'est là une marque de courage qui te caractérise bien, j'espère que l'on se retrouvera un jour.
Bye.
Le boudha de Rio
Comme
chaque matin il se mit en tailleur pour commencer à méditer. Sa
langue posée contre son palais, sa mâchoire ouverte pour ne laisser
passer qu'une feuille de papier, ces yeux a demi clos, son dos droit, sa
tête légèrement inclinée vers le bas il commença a
se concentrer sur sa respiration. Il fallait malgré le bordel matinal
de ses pensées porter son attention sur le souffle. C'était un peu comme
si au milieu du carnaval de Rio on lui ordonnait de suivre quelqu'un de
loin. En permanence invité à boire, à rire, à danser ou à se battre, il
devait toujours garder un œil sur lui. Puis à chaque fois qu'il se
laissait distraire, « que sa filature l'avait semée » il devait
recommencer sans s'énerver bien sûr.
Cet
exercice qu'il avait regardé comme une première étape triviale mais
nécessaire, s'était révélé beaucoup plus difficile. Ce n'était pas trois
ou quatre minutes qu'il parvenait a
maintenir son attention mais plutôt trente ou quarante secondes au
mieux. A l'intérieur même de ces temps il ne pouvait pas dire qu'il
avait cessé de penser à autres choses mais ils pouvaient au moins dire
que même si “il avait participé aux festivités du carnaval, il n'avait
pas lâché son homme”. Plus il répétait cet exercice, plus le calme le
gagnait.
Il est difficile de parler d'habitude en méditation. c'est
un peu comme si quelqu'un le matin au réveil vous dit d'un ton las
qu'il a fait ses rêves habituels. Quelque chose d'inhabituel s'était présenté à la quatrième série.
Sa quatrième série lui rappelait le début de ses crises d'angoisses il y a huit ans.
Il y a huit ans il avait commencé la méditation et aussi rencontré sa femme. Un après midi alors que ses beaux parents les visitaient il décida devant eux, de se retirer pour une session de méditation, mais le regard de sa femme à ce moment là le laissa perplexe. Il aurait peut être pu être un peu plus discret sur cette pratique devant ses beaux parents. Mais en même temps ils le saturaient complètement. Sa belle mère égrenait des banalités à chaque minutes et son beau père
était un réactionnaire qu'il allait devoir supporter tout un weekend.
S'isoler dans une pièce pour la méditation fut le seul prétexte qu'il
trouva, et prétexte pour prétexte il décida de faire de cette heure ce
qu'il avait prétexté de faire.
Il
était trop tard, le jugement de l'autre allait de toutes façon
l'écraser. Il ressentit la présence « d'un autre » plein de reproches et
des sensations physiques très marquées prirent place. D'abord une
impression d'écrasement sur lui-même. Il tenta de prendre ses distances
vis a vis de ces sensations, en essayant d'observer leur impermanence, mais cette technique n'a d'efficacité que dans un esprit calme. Le sien ne l'était n'était pas, donc ça n'était pas d'un grand secours face à la violence du phénomène qui prenait place.
Il
décida de couper court et respira un grand coup, sur lui descendit
alors des sensations diffuses de peur, sur le cœur, dans le ventre et
dans les fesses. C'était insurmontable, d'une violence inouïe. Était-il
en train de devenir fou ? Il se le demandait sincèrement.
Il se rassit dans le salon parmi ses beaux parents,
et commença une activité qui allait durer trois années : donner le
change. Il ne pouvait plus départager l'absurdité du monde de celle de
son esprit, alors il choisit de faire profil bas.
Heureusement,
ces heures sombres avaient pu s'éclaircir au bout de trois pénibles
années. Sa fille et sa femme atténuèrent sa souffrance et au bout de
huit ans il reprit la méditation.
Pas grand chose
n'avait changé, si ce n'est qu'il avait aussi appris à méditer sur la
compassion, qu'il avait appris à se cacher de la bêtise de ses prochains
et surtout a totalement abandonner l'observation pour ne plus
travailler que sur la concentration quand il percevait le retour de
fortes angoisses. Bizarrement à l'époque, il n'avait pas eu ce simple
réflexe qui aurait pu lui permettre de traverser cette période plus
facilement.
Devant
le retour de l'angoisse, il se concentra sur la méditation de
l'échange, en prenant avec lui les souffrances de ceux qui souffre de
leur esprit.
Le bouddha de Rio passa sur son grand char fleuri, les pétales de fleurs tombèrent en pluie.
L’expérience du maitre
Il n'y avait plus qu'a
ouvrir et à avaler. Ce serait simple. Difficile de croire que les
effets prétendus étaient vrais tellement ils avaient l'air peu communs avec ce que les dealers proposaient habituellement.
Jacques était curieux disait sa mère. Mais c'était faux, Jacques était avide d'expériences ce qui était très différent, et l'avait conduit a essayer de nombreuses drogues. En cette année 2050, ils en sortaient une nouvelle tous les semestres. Ces produits biens qu'illégaux etaient très soignesement markettés.
Jacques était curieux disait sa mère. Mais c'était faux, Jacques était avide d'expériences ce qui était très différent, et l'avait conduit a essayer de nombreuses drogues. En cette année 2050, ils en sortaient une nouvelle tous les semestres. Ces produits biens qu'illégaux etaient très soignesement markettés.
Les antiquités
Le LSD était relégué aux antiquités, ses effets étaient considérés comme stupidement hallucinatoires et occasionnelement dangereux en cas de crise paranoïaque. Il apparraissait comme une viellerie,
un passage nécessaire pour les pionniers héroïques de l'époque qui
n'avait pas d'autres choix. Ce que ces "pionniers" ne savaient pas c'est
que le LSD était le membre un peu attardé d'une prestigieuse famille :
les abstractines.
Les abstractines pouvait être calibrées pour faire vivre des expériences rellement très puissantes. La dernière qu'avait essayé Jacques était la mathématine. Elle avait décuplé ses facultés de compréhension en mathématiques et lui avait permis pendant les 4 mois de traitement d'aborder des concepts qu'il ne se serait jamais cru capable de comprendre un jour.
Mais sur le fond une drogue était une drogue, et malgré les très nombreuses mises en garde la mathématine avait ses effets ravageurs. Ceux qui la prenait devenait profondément conscients des mystères incroyables que les mathématiques recelaient et absorbaient toujours plus de théories pour s'approcher de réponses qui leur semblaient toujours plus proches, plus profondes. On les retrouvaient souvent morts dans leur appartement, complétement dénutris. Il n'y avait pas de dépendances physiques, mais quand on cessait d'en prendre, même si l'on avait pas oublié ce que l'on avait appris, l'esprit parraissait outrageusement lent et maladroit.
De ce coté Jacques avait toujours eu la faculté de se dégager. A son grand etonnement ce ne fut pas la sensualine ou la spriritualine qui lui avait posé le plus de difficultés mais réellement la mathématine. Il ne pouvait pas décrocher, car il se sentait toujours sur le point de trouver la loi d'appartition des nombres premiers. Un matin alors qu'il s'appretait a reprendre sa dose, il vit son visage dans le mirroir de la salle de bain. Il leva la main de la petite dosette et décida d'arréter. Sans autres façons. C'était ça Jacques, c'était sa force. Il était temps.
Jacques laissa passer une année entière après l'expérience de la mathématine, pour reprendre contact avec la réalité.Il avait cheminé, il avait vu le piège de toutes ces drogues, même de celles qui parraissaient hautement intelectuelles comme la mathématine. Si un dealer venait demain lui proposer la philosophine, bien qu'elle n'existât pas encore, il la refuserait certainement. Mais comprendre un piège ne semblait pas suffire pour se libérer de son attraction. Il avait envie de revivre quelquechose de très intense.
Jacques avait besoins de marcher seule dans la rue comme à chaque fois qu'il devait se redéterminer. Il s'avait que cette avidité pour les expériences fortes, aussi élevées et abstraites soient-elles, conduisaient toujours à la même situation: une impression d'être toujours sur le point de franchir une étape importante sans jamais vraiment la franchir, car la réponse à la question fatidique allait inmanquablement en créer une nouvelle encore plus profonde et plus difficile. Finalement on s'enfermait sur ces questions et on négligeait tout le reste à commencer par soi-même.
L'inconscient est un peu comme le hasard il fait bien les choses, et les pas de Jacques l'avait conduit devant l'appartement de Raymond, le dealer chez qui il avait trouvé la mathématine. Un an et demi qu'il n'avait pas remis les pieds chez lui. Etait-il toujours là ? Quelles expériences a-t-il vécu lui de son coté ? Quels expériences ses clients lui auraient-ils rapporter ? Il se connaissait depuis le lycée, avait failli devenir de vrais amis mais n'y était pas parvenu sans que Jacques comprennent pourquoi. Quand le rire s'installait une distance infime se creusait entre eux juste avant que la complicté s'installe. Etrange, systématique et incompréhensible, il fallut s'en accomoder.
Un an et demi était passé, il y avait forcément aussi des nouveautés qui ont du arriver sur le marché. Impossible de résister à la curiosité.
- Qui est-ce ? Il est 21h c'est pas sympa de sonner à cette heure !
Ainsi parlait Raymond, le dealer est un statut social très dificile à tenir. Il est situé entre le Chaman, le mec cool qu'est pote avec tout le monde, le hors la loi et aussi le commerçant. C'est pourquoi expliquer à ses potes-clients-disciples que sonner à 21h quand on avait envie de se coucher conduisait à certaines contradictions.
- C'est moi Jacques, excuse moi je repasserai plus tard.
- Jacques ! Tu es revenu parmi nous ! C'est pas grave, monte faut que tu me racontes ça.
Jacques lui raconta son expérience. Puis après avoir bavardé sur l'attachement aux expériences spirituelles intenses, il ne put résister :
Les abstractines pouvait être calibrées pour faire vivre des expériences rellement très puissantes. La dernière qu'avait essayé Jacques était la mathématine. Elle avait décuplé ses facultés de compréhension en mathématiques et lui avait permis pendant les 4 mois de traitement d'aborder des concepts qu'il ne se serait jamais cru capable de comprendre un jour.
Mais sur le fond une drogue était une drogue, et malgré les très nombreuses mises en garde la mathématine avait ses effets ravageurs. Ceux qui la prenait devenait profondément conscients des mystères incroyables que les mathématiques recelaient et absorbaient toujours plus de théories pour s'approcher de réponses qui leur semblaient toujours plus proches, plus profondes. On les retrouvaient souvent morts dans leur appartement, complétement dénutris. Il n'y avait pas de dépendances physiques, mais quand on cessait d'en prendre, même si l'on avait pas oublié ce que l'on avait appris, l'esprit parraissait outrageusement lent et maladroit.
De ce coté Jacques avait toujours eu la faculté de se dégager. A son grand etonnement ce ne fut pas la sensualine ou la spriritualine qui lui avait posé le plus de difficultés mais réellement la mathématine. Il ne pouvait pas décrocher, car il se sentait toujours sur le point de trouver la loi d'appartition des nombres premiers. Un matin alors qu'il s'appretait a reprendre sa dose, il vit son visage dans le mirroir de la salle de bain. Il leva la main de la petite dosette et décida d'arréter. Sans autres façons. C'était ça Jacques, c'était sa force. Il était temps.
Jacques laissa passer une année entière après l'expérience de la mathématine, pour reprendre contact avec la réalité.Il avait cheminé, il avait vu le piège de toutes ces drogues, même de celles qui parraissaient hautement intelectuelles comme la mathématine. Si un dealer venait demain lui proposer la philosophine, bien qu'elle n'existât pas encore, il la refuserait certainement. Mais comprendre un piège ne semblait pas suffire pour se libérer de son attraction. Il avait envie de revivre quelquechose de très intense.
Jacques avait besoins de marcher seule dans la rue comme à chaque fois qu'il devait se redéterminer. Il s'avait que cette avidité pour les expériences fortes, aussi élevées et abstraites soient-elles, conduisaient toujours à la même situation: une impression d'être toujours sur le point de franchir une étape importante sans jamais vraiment la franchir, car la réponse à la question fatidique allait inmanquablement en créer une nouvelle encore plus profonde et plus difficile. Finalement on s'enfermait sur ces questions et on négligeait tout le reste à commencer par soi-même.
L'inconscient est un peu comme le hasard il fait bien les choses, et les pas de Jacques l'avait conduit devant l'appartement de Raymond, le dealer chez qui il avait trouvé la mathématine. Un an et demi qu'il n'avait pas remis les pieds chez lui. Etait-il toujours là ? Quelles expériences a-t-il vécu lui de son coté ? Quels expériences ses clients lui auraient-ils rapporter ? Il se connaissait depuis le lycée, avait failli devenir de vrais amis mais n'y était pas parvenu sans que Jacques comprennent pourquoi. Quand le rire s'installait une distance infime se creusait entre eux juste avant que la complicté s'installe. Etrange, systématique et incompréhensible, il fallut s'en accomoder.
Un an et demi était passé, il y avait forcément aussi des nouveautés qui ont du arriver sur le marché. Impossible de résister à la curiosité.
- Qui est-ce ? Il est 21h c'est pas sympa de sonner à cette heure !
Ainsi parlait Raymond, le dealer est un statut social très dificile à tenir. Il est situé entre le Chaman, le mec cool qu'est pote avec tout le monde, le hors la loi et aussi le commerçant. C'est pourquoi expliquer à ses potes-clients-disciples que sonner à 21h quand on avait envie de se coucher conduisait à certaines contradictions.
- C'est moi Jacques, excuse moi je repasserai plus tard.
- Jacques ! Tu es revenu parmi nous ! C'est pas grave, monte faut que tu me racontes ça.
Jacques lui raconta son expérience. Puis après avoir bavardé sur l'attachement aux expériences spirituelles intenses, il ne put résister :
Les nouveautés ou les nouvelles
- Et alors, en un an et demi il y a bien un ou deux nouveau chef d'oeuvre de la chimie qui ont du sortir non ?
- Et bien détrompe toi, jusqu'à mardi dernier, seul la mathématine faisait encore des emerveillés. Tous les nouveaux gros block-busters se sont averrés être des navets. Soit on les connaissait déjà, soit il te collait dans des états obsessionnels dont on faisait vite le tour.
-Jusqu'à mardi dernier ?
-Oui mardi j'ai reçu la visite d'un expro, que tu connais d'ailleurs, c'est Fabrice. Il m'a parlé d'un produit réellement différent qu'ils nosent pas encore mettre sur le marché.
Jacques connaissait bien Fabrice, et pour cause il aurait révé de faire son boulot. Quand on est passionné d'expérience nouvelles comme lui, devenir expro (Expérimentateur Professionnel) c'était avoir réussir sa vie. L'expro n'était pas seulement l'expert dont l'avis allait permettre aux chimistes de passer à la mise en production. Mais quand ils avaient rendu un avis favorable, il devenait aussi l'évangéliste de ce nouveau produit.
- Et alors de quoi t'a-til parlé l'ami Fabrice ?
- De la réalitine !
- Ah elle est bonne celle là, tu débourses 2000 euros pour faire l'expérience de la réalité, c'est ça ?
Raymond gardait le silence en souriant.
- Raymond c'est pas sérieux ! C'est comme si tu vendais l'eau au poisson et le ciel aux oiseaux, la réalité on baigne dedans toute la journée. C'est une anti drogue ton truc, on prend des produits pour faire précisément l'expérience d'autre chose que la réalité, alors ...
- C'est justement là que tu te trompes.
- Que je me trompe où ?
- Que tu te trompes quand tu dis que la réalité tu baignes dedans toute la journée, c'est juste profondément inexacte.
- Ah bon et alors dans quoi je baigne alors si c'est pas dans la réalité.
- Tu baignes dans l'illusion, entre la réalité et ta conscience il y a quelques intermédiaires, déjà quand tu me regardes qu'est-ce que tu vois ?
- Bah ... Je te vois toi tout betement assis dans ton fauteuil.
- Ouh la la ! C'est là que le tout bêtement prend un tout autre sens. Est-ce que je ne suis pas un tas de chair, d'os, de sang, assis dans un paquet de bois et de tissus assemblés formant un corps dans un fauteuil ?
- Certes, mais honêtement ne me dis pas que c'est naturel comme façon de ressentir cette situation.
- Non ça n'est pas naturel, et c'est là que tu mets le doigt dessus. Percevoir la réalité telle qu'elle est ça n'est pas du tout naturel ! Pourtant la chair, les os, le bois les tissus tu les as totalement oublié, tu donnes plus d'importance à l'assemblage symbolique "Raymond dans son fauteuil" qu'à ce qu'il est vraiment.
- Ok et alors ?
- C'est juste un tout petit exemple facile à comprendre de ce que tes habitudes mentales te font rater, maintenant devant ce constat on peut se demander ce l'on rate d'autres ? Combien de personnes m'ont dit tout ce qu'ils n'avaient pas pu voir simplement parceque leur inconscient avait surimposé un voile illusoire pour leur éviter de toucher une vérité douloureuse ...
- Attends, ok tous ces voiles ou tous ses assemblages symboliques comme tu dis, ils ont deux ou trois fonctions quand même ! Par exemple c'est pas pratique tous les jours d'aller a boulot, et de se dire du soir au matin qu'on a plus de collègues mais des tas d'os, de chair et de sang qui nous demande où on a rangé un tas d'octets dans un système d'information organisé en arborescences. Et puis si on est laid, c'est bon de l'oublier un peu de temps en temps bon sang. T'imagine pour une femme violée vivre chaque seconde de sa vie avec le souvenir exact de ce qui lui est arrivé. Heureusement qu'on n'a pas conscience de la pure réalité ce serait une expérience ...
- Incroyable ?
Là Raymond venait de marquer un point. Oui vivre quelques instants de pure contact avec la réalité serait en fait une expérience parfaitement incroyable mais ne serait-ce pas aussi une expérience extrèment douloureuse ? Les questions commençaient à s'entrechoquer, pour pouvoir faire une telle expérience il faudrait pouvoir rester totalement égale face à la souffrance.
Ou alors est-ce que cela n'est pas notre refus de la réalité qui nous conduit à la souffrance ?
De vielles questions se réveillaient en Jacques, des questions d'une époque adolescente ou l'on s'interroge naïvement mais obstinément sur les abbération du monde adulte. Puis un jour il a rencontré Julie et mis une sourdine à tout ces pourquois, l'amour était la réponse pensait-il.
Julie et lui c'était finie, elle ne supportait plus les choix de vie qu'impliquait toutes ces expériences, et maintenant on lui proposait de faire l'expérience directe de la réalité. La réponse aux questions avait fait ses valises, et Jacques avaient poursuivi ses expériences.
Maintenant les expériences perdaient leur intéret, les questions ressurgissaient et avec elles l'opportunité de faire une expérience ultime, un contact direct avec la réalité.
- Et alors Fabrice est-ce qu'il a essayé ?
- Et bien détrompe toi, jusqu'à mardi dernier, seul la mathématine faisait encore des emerveillés. Tous les nouveaux gros block-busters se sont averrés être des navets. Soit on les connaissait déjà, soit il te collait dans des états obsessionnels dont on faisait vite le tour.
-Jusqu'à mardi dernier ?
-Oui mardi j'ai reçu la visite d'un expro, que tu connais d'ailleurs, c'est Fabrice. Il m'a parlé d'un produit réellement différent qu'ils nosent pas encore mettre sur le marché.
Jacques connaissait bien Fabrice, et pour cause il aurait révé de faire son boulot. Quand on est passionné d'expérience nouvelles comme lui, devenir expro (Expérimentateur Professionnel) c'était avoir réussir sa vie. L'expro n'était pas seulement l'expert dont l'avis allait permettre aux chimistes de passer à la mise en production. Mais quand ils avaient rendu un avis favorable, il devenait aussi l'évangéliste de ce nouveau produit.
- Et alors de quoi t'a-til parlé l'ami Fabrice ?
- De la réalitine !
- Ah elle est bonne celle là, tu débourses 2000 euros pour faire l'expérience de la réalité, c'est ça ?
Raymond gardait le silence en souriant.
- Raymond c'est pas sérieux ! C'est comme si tu vendais l'eau au poisson et le ciel aux oiseaux, la réalité on baigne dedans toute la journée. C'est une anti drogue ton truc, on prend des produits pour faire précisément l'expérience d'autre chose que la réalité, alors ...
- C'est justement là que tu te trompes.
- Que je me trompe où ?
- Que tu te trompes quand tu dis que la réalité tu baignes dedans toute la journée, c'est juste profondément inexacte.
- Ah bon et alors dans quoi je baigne alors si c'est pas dans la réalité.
- Tu baignes dans l'illusion, entre la réalité et ta conscience il y a quelques intermédiaires, déjà quand tu me regardes qu'est-ce que tu vois ?
- Bah ... Je te vois toi tout betement assis dans ton fauteuil.
- Ouh la la ! C'est là que le tout bêtement prend un tout autre sens. Est-ce que je ne suis pas un tas de chair, d'os, de sang, assis dans un paquet de bois et de tissus assemblés formant un corps dans un fauteuil ?
- Certes, mais honêtement ne me dis pas que c'est naturel comme façon de ressentir cette situation.
- Non ça n'est pas naturel, et c'est là que tu mets le doigt dessus. Percevoir la réalité telle qu'elle est ça n'est pas du tout naturel ! Pourtant la chair, les os, le bois les tissus tu les as totalement oublié, tu donnes plus d'importance à l'assemblage symbolique "Raymond dans son fauteuil" qu'à ce qu'il est vraiment.
- Ok et alors ?
- C'est juste un tout petit exemple facile à comprendre de ce que tes habitudes mentales te font rater, maintenant devant ce constat on peut se demander ce l'on rate d'autres ? Combien de personnes m'ont dit tout ce qu'ils n'avaient pas pu voir simplement parceque leur inconscient avait surimposé un voile illusoire pour leur éviter de toucher une vérité douloureuse ...
- Attends, ok tous ces voiles ou tous ses assemblages symboliques comme tu dis, ils ont deux ou trois fonctions quand même ! Par exemple c'est pas pratique tous les jours d'aller a boulot, et de se dire du soir au matin qu'on a plus de collègues mais des tas d'os, de chair et de sang qui nous demande où on a rangé un tas d'octets dans un système d'information organisé en arborescences. Et puis si on est laid, c'est bon de l'oublier un peu de temps en temps bon sang. T'imagine pour une femme violée vivre chaque seconde de sa vie avec le souvenir exact de ce qui lui est arrivé. Heureusement qu'on n'a pas conscience de la pure réalité ce serait une expérience ...
- Incroyable ?
Là Raymond venait de marquer un point. Oui vivre quelques instants de pure contact avec la réalité serait en fait une expérience parfaitement incroyable mais ne serait-ce pas aussi une expérience extrèment douloureuse ? Les questions commençaient à s'entrechoquer, pour pouvoir faire une telle expérience il faudrait pouvoir rester totalement égale face à la souffrance.
Ou alors est-ce que cela n'est pas notre refus de la réalité qui nous conduit à la souffrance ?
De vielles questions se réveillaient en Jacques, des questions d'une époque adolescente ou l'on s'interroge naïvement mais obstinément sur les abbération du monde adulte. Puis un jour il a rencontré Julie et mis une sourdine à tout ces pourquois, l'amour était la réponse pensait-il.
Julie et lui c'était finie, elle ne supportait plus les choix de vie qu'impliquait toutes ces expériences, et maintenant on lui proposait de faire l'expérience directe de la réalité. La réponse aux questions avait fait ses valises, et Jacques avaient poursuivi ses expériences.
Maintenant les expériences perdaient leur intéret, les questions ressurgissaient et avec elles l'opportunité de faire une expérience ultime, un contact direct avec la réalité.
- Et alors Fabrice est-ce qu'il a essayé ?
- Et bien non ! Très etonnant
de sa part, en fait. Fabrice a un principe, essayer seul tous les
nouveaux produits. Mais là j'ai l'impression qu'il flippe. Il m'a avoué
qu'il recherchait un partenaire.
- Et tu t'es pas proposé ?
- Non sincèrement si Fabrice flippe moi je tremble !
- Dis lui que moi je serai prêt à l'accompagner
- Sérieux
- Sérieux, je suis à un point de ma vie où cette expérience est précisément ce que je recherche. j'ai l'impression Raymond que t'as raison la réalité c'est l'expérience que j'ai jamais osé tenté.
Passage à l'acte
Deux jours et trois coups de fil plus tard, Fabrice et Jacques avait réservé le gite au milieu de la fôret, acte coutumier des expro quand il demarre un produit qu'ils sentent aussi révolutionnaires que dangereux. Les voila tous deux assis sur le canapé, il n'y avait plus qu'à ouvrir et avaler.
Jacques
avait amené deux verres sur un plateau rond avec les deux sachets, et
voilà "le festin du réel" dit-il en plaisantant pour rassurer Fabrice.
Fabrice était blanc, quelque chose de toute évidence dans cette expérience lui faisait peur. Mais Fabrice était un pro, un expro, et un expro
vraiment pro sait que quand les sachets sont sur la table c'est comme
quand le plongeur est au bout de la planche. On ne revient pas sur ses
pas. Il attrape rapidement un des sachets, l'ouvre, l'avale, et puis se dit que finalement c'est son boulot avec ses charmes et ses difficultés.
Jacques
est surpris et se demande s'il ne devrait pas attendre un petit peu
puisque maintenant il pourrait voir de quoi il en retourne, mais cette
pensée couarde stimula sa fierté, il saisit à son tour le sachet et
avala.
Puis cela vint.
C'était
simple en fait et très direct, il n'avait plus de pensées, juste
conscience de ce qu'il vivait. Il regardait le mur et ne ressentit pas
le besoin de regarder ailleurs.
Il
eut faim et proposa à Fabrice de manger. Ce qu'ils firent. Le repas fut
simple, non pas qu'il ne fut pas bon mais il n'avait plus cet effet où
il avait toujours une sensation de ce qu'il allait manger avant de
l'avoir mis à la bouche. Il attendait que chaque sensation prenne place
dans sa bouche mais il ne porta aucun jugement sur elle, ni agréable ni
désagréable juste salée ou sucrée. Il ne fit pas d'effort pour se forcer
à manger ou pour s'arréter.
Il n'avait pas de désir particulier, c'était étrange, pas comme avec la mathématine
qui provoque un besoin puissant de faire des maths. Non là on avait
envie de rien de spécial, même pas que cette expérience se prolonge.
Bizarrement cette expérience semblait permanente. Comme si finalement
c'était là depuis le début. Cela semblait irreversible comme lorque l'on voit quelque chose qui a toujours été sous notre nez, on ne peut redevenir ignorant.
Ils rendirent le gite dans un état égal et prirent le train. C'est là que les choses commencèrent à se gater.
Une fille avec un portable entre les wagons pleurait, elle ne
comprenait pas pourquoi son ami voulait la quitter. Il ne comprenait pas
comment on ne pouvait pas percevoir l'impermanence de toute
composition, pourquoi pleurer sur ce qui par nature devait se séparer.
Il vit un homme mettre une amende à un autre, comme si ces deux hommes appartenait a deux univers séparés par le respect de la loi.
La réalité
-Si cette
homme était votre fils, est-ce que vous lui donneriez cette amende ?
Demanda Jacques avec un ton sincèrement curieux, absolument pas
moraliste.
Le controleur
avait l'habitude de ces espèces de solidarités inattendues entre
voyageurs et contrevenants, il allait renvoyer l'une de ces réponses
standards. Mais le ton dans la voix de Jacques n'avait aucune animosité
et la phrase se posa tranquillement dans l'esprit du contrôleur pour
devenir une véritable question. Le contrôleur repensa à son fils avec
qui il ne parlait plus depuis le divorce, qu'il avait porté contre son coeur quand il était né, à qui il a montré comment on faisait du feu et comment l'on pêche. Qu'il a porté évanoui apres
la chute de vélo jusqu'aux urgences en ne sachant plus à quel saint se
vouer, mais que Dieu lui a finalement rendu dans sa miséricorde. Son
fils qu'il n'avait plus revu depuis 10 ans. Ces Week end a attendre que les journées passent alors qu'il aurait pu s'occuper de ses petits enfants.
Le contrôleur ne disait plus rien, le contrôleur ne contrôlait plus ses émotions, la question venait d'ouvrir une brêche et la pression interne ne laissait aucune chance de colmatage.
-
Mais Monsieur faut pas pleurer, vous savez des amendes j'en ai souvent,
vous pensez bien que je les paye pas! Grâce à Jacques Chirac on a une
amnistie tous les 5 ans maintenant, alors vous pensez bien.
-Non c'est pas pour ça.
Le contôleur chercha du regard Jacques, pour lui dire qu'il n'avait pas le droit de se méler
de ce qui ne le regarde pas. Mais dans le regard de Jacques il y avait
une sorte de compréhension simple et directe de sa souffrance, comme si
Jacques aurait pu aussi le vivre. Il se remit à pleurer c'était plus
fort que lui.
Jacques
se dit que c'était la première fois qu'une drogue qu'il avait pris lui,
semblait surtout affecter les autres. Le contrôleur s'assit sur le
strapontin silencieux. Jacques rejoignit Fabrice.
-C'est vraiment pas une expérience classique, tu connais le principe de cette drogue ?
-De ce que m'en a dit le biologiste, ils ont identifié chez des méditants tibétains la production de certains neuro-transmetteurs qui amene le sujet a
ne pas donner de suite à ses pensées ou à ses ruminations. Au bout d'un
certain temps être conscient devient la seule activité. Mais c'est un neuro-transmetteur extrèmement complexe et que l'on ne trouve que chez les grands pratiquants, ils ont réussi à le resynthétiser. C'est un vrai exploit technique.
-Tu vois j'en prendrai bien pour le restant de mes jours
- Moi aussi mais bizarrement ce serait pas pour moi, ce serait juste pour ...
- Etre un avec le monde ?
- Oui, oui c'est ça, enfin je sais pas. Demain on ira voir ensembles les biologistes.
Le maitre
Le biologiste était formel
- Je veux bien vous en redonner mais le
problème c'est que ça ne marche qu'une fois, dès que le corps connait
la molécule le réflexe de suivre ses pensées revient et augmenter les
doses ne change rien
Jacques était dépité, c'était innaceptable
- Et les tibétains comment font-ils pour le revivre plus souvent ?
-Il y a d'autres composants chimiques qui accompagnent ce neuro-transmetteur, ces composants modifie sa structure spatiale au point d'en faire chimiquement quelquechose de différent à chaque séance de méditation
- Mais la production de ces composants ne peut pas être reproduite ?
- Non c'est là que ça se corse, ces composants changent à chaque séance, chez leur maitre c'est pire il sont constament produits et modifiés séance de méditation ou pas. Trouver et resynthétiser ce neuro-transmetteur nous a pris 3 ans. Reproduire un jeu de composant similaires différent à chaque fois qu'on en prendrait nous demanderait autant voir plus de temps. Malheuresement ce produit fût passionnant sur le plan scientifique mais catastrophique sur le plan financier.
- Qu'ont fait les autres expro qui ont tenté avant nous alors ?
- Il n'y en a qu'un autre, on a préféré être prudent sur ce coup là, quand il en a repris il est venu nous voir pour nous dire que cela ne faisait plus rien. On a pu alors analysé ce que je viens de vous expliquer.
- Daccord mais alors qu'a-t-il fait ?
- Il est parti rejoindre le maitre.
A la place du mort
Accident
Quand je passe devant un auto-stoppeur, je me sens coupable de ne pas m'arréter. A chaque fois on se regarde, ils ont dans leur regard à la fois de l'espoir et de la colère. Moi je fais celui qui les a pas vu.
il pleut et celui là ne m'a pas l'air particulièrement locace. Pourquoi je m'arrète, je ne sais pas. Il ouvre la portière et s'installe à la place du mort sans dire un mot. Il regarde devant lui comme s'il attendait que j'engage la conversation, je lui dit que je vais à Melun, et il me répond par un borborygme qui se termine par un "c'est bon" presque exaspéré.
Je tente d'établir une conversion et lui fait le strict minimum en se plaçant aux limites de la politesse. Je ne sais pas pourquoi mais je sens déjà que je l'énerve. C'est pourtant moi qui me suis arrété et c'est lui qui devrait être reconnaissant. Bizarrement ce rapport s'est presque immédiatement inversé.
Je suis vraiment qu'un minable, tous mes rapports à autrui, à ma femme, à mes enfants à mes amis, à mes collègues, à mes employeurs sont la répétition de cette scène dans la voiture. Je propose d'aider mais la reconnaissance que j'attends est telle, qu'elle fait de moi d'avance un malheureux.
J'aimerai tellement que cela cesse, tout rompre et ne vivre plus que ma vie. A ne rien devoir à qui que ce soit. Me retirer dans une maison dans la montagne et méditer pendant des années. Une vie hérémistique pour être enfin libre. Reconnaitre l'illusion de mes désirs et du désir des autres, pour ne plus en avoir finalement et connaitre la paix.
J'ai envie d'un café. Je m'arrète dans une station et propose à mon silencieux coéquipier de me suivre pour un café. Là je sens que je l'agace vraiment. Bon si j'ai bien compris il m'attend et moi je reviens vite.
Mais pourquoi je luis dis pas de se casser, il est pas spécialement costaud, mais moi je suis coincé, je comprends pas. Le café coule de la machine. Je bois, pire j'ai l'effronterie d'acheter un Twix. Cette pensée ne me fait même pas sourire. Pourquoi je suis rendu à un tel point de médiocrité, comment j'ai pu en arriver là, alors qu'il y avait tellement, tellement d'autres possibles, d'autres voyages, d'autres horizons.
Ma voiture recule, elle sort rapidement de son stationnement et la légère courbe de sa trajectoire lui permet de se replacer dans l'axe de la route. Je trouve la manoeuvre efficace et le mouvement est rapide et sans hésitation. Je me dis que dans le fond il y a vraiment des gens qui s'adaptent presque instantanément à un nouveau véhicule et qui me donne le sentiment de le piloter déjà mieux que moi. La voiture démarre alors en trombe et rejoint immédiatement la bretelle de sortie de l'autoroute.
Ce qui se passe dans mon esprit est vraiment tres simple : la partie gauche hurle à la partie droite que l'autostoppeur lui pique la bagnole, et la partie droite répond placidement qu'il est trop tard et que dans le fond c'est qu'une bagnole et puis finalement ça nous fera un bon prétexte pour pas aller au boulot. Mais la partie gauche s'obstine. Ca passera pas au niveau des assurances, qu'est-ce que les gens dans la station vont penser si je fais rien ?
Bref je me mets à courrir après la voiture.
Pas très longtemps en vérité, la maitrise de l'auto-stoppeur n'était qu'apparente, il panique et sort trop vite de la brettelle, un camion citerne a tout juste le temps d'envoyer sa sirène que le bruit des toles le fait taire. Pas un bruit de freins, je suis au milieu de la route, vide et léger. J'observe.
Le camion s'incline les voitures qui s'apprétaient à le doubler n'ont pas le temps de fréiner le carambolage est sans appel, le camion explose.
Les flammes, puis d'autres bruits de percussions parviennent à mon esprit saturé d'événements. J'observe. J'observe ma respiration et aussi les flammes. Mais j'observe surtout ma respiration.
J'avais donc laissé les clés, était-ce possible ? Peut-être avais-je eu peur de le véxer. En retirant les clés je lui aurai signifié qu'il ne m'inspirait pas confiance, même ça je n'ai pas eu la force de l'exprimer. Et voilà que celui qui était à la place du mort était effectivement mort. Bizarrement toute l'attention de la station service avait été happé par l'accident, personne n'avait trouvé étrange ma course sans conviction pour rattraper ma voiture. Dans la confusion tout le monde pensait que je m'étais précipité pour assister à la scène.
Je me tais, je reviens à la table et je finis mon café. Une force irresitible me cloue à la table et me pousse à me taire à ne rien exprimer, à ne rien expliquer. Je décide de ne rien faire. Desepéré par ma médiocrité je prends comme décision solennelle de ne plus qu'observer, c'est ce que j'ai de mieux à faire.
Ca s'agite dans tous les sens dans la station. J'entends mon nom dans la bouche d'un gendarme.
- On comprends pas pourquoi il a accéléré aussi brutalement, il a aucun antécédent dans ce style.
- Je vais appeler son épouse
- Et si elle veut voir le corps ?
- On va lui faire comprendre qu'il a été complétement carbonisé et que cela risque plus de la traumatiser que de lui rappeler le souvenir de son mari.
- Bon, ba, bon courage.
Je venais de comprendre que finalement j'étais aussi à la place du mort, la carbonisation du corps a permis la confusion.
Et moi qui souhaitait être enfin libre de toutes attaches, recouvrer une totale liberté. Et bien voilà. Si tôt dit si tôt fait en quelque sorte.
Mais quelques pensées viennnent troubler cette enthousiame innatendue. Je suis mort donc libre de tout engagement mais d'un autre côté j'ai pas d'identité, je peux même pas prendre celle de l'auto-stoppeur, je ne connais rien de lui et ses papiers (si il en avait) ont dû bruler. Ensuite je ne pouvais pas resister au désir d'assister à mes propres funérailles et voir toute ma foutue famille pleurer ou faire sembant de pleurer ma dépouille.
Enterrement
Mon fils pleure, il a l'air de vraiment souffrir, j'essaye de repousser une pensée, mais elle s'impose : si moi je me voyais comme un minable il n'y a rien finalement qui me prouve que les autres me regardaient comme un minable. En particulier mon fils. Je suis vraiment qu'un minable. Comment ai-je pu penser aussi longtemps que le monde m'apréhendait comme je l'apréhendais.
Ma femme ne pleure pas, ses lèvres sont serrées. J'ai l'impression que les dernières forces qui lui permettaient de resister à la depression vont bientôt la quitter, de longues nuits blanches l'attendent. La gratuité de mon départ est complète, et finalement c'est un acte égoïste de plus.
Ma fille n'est pas là, ni ma mère, elle doit la garder. Mon père a l'air totalement sonné, comme si il n'était pas là, comme si il était nulle part. Juste à pas être.
A ma surprise mes trois seuls véritables amis sont là aussi.
Le cercueil glisse dans la tombe, ma femme pleure, je me rends compte à quel point je n'ai pas compris tout ce qui était autour de moi.
Que faire ? Quelque chose se joue. Maintenant je peux revenir et expliquer que j'ai eu un coup de folie devant l'opportunité d'etre pris pour le mort. Mais alors cette incroyable liberté, celle qui vient en quelques jours à peine de m'ouvrir les yeux, je la perds. Est-ce que j'effacerai réellement le traumatisme chez mes enfants ?
Je ne l'effacerai pas mais je pourrai beaucoup l'atténuer. Maintenant je vais être courageux.
J'avance devant la tombe parmi les miens, tous ont les yeux rivés au fond du trou et personne ne me remarque, alors je décide de parler
- En fait je ne suis pas mort.
Personne ne lève les yeux ... C'est pas possible, voila que ça recommence personne ne me remarque.
- Vous entendez je ne suis pas mort !
Je commence a être inquiet, c'est vraiment comme si j'étais pas là, tout le monde regarde le fond de la tombe. Je saisis le bras de ma femme, elle a un frisson mais ma main traverse sa main.
Le prêtre poursuit son prèche.
- Nous avons aussi une pensée pour l'auto-stoppeur qui l'a accompagné, cette homme allait être père et son enfant va naître orphelin. Pour tout cela Dieu prends pitié.
Réincarnation
Ah bon mais que s'est-il vraiment passé alors ?
Tout s'obscurcit autour de moi, je ressens une grande plénitude, comme si toutes ses questions étaient devenues très secondaires.
Puis la lumière revient, une douleur indicible me comprine le crâne.
- C'est un garçon
- Donne le moi
Un viel homme me saisit, mon corps est tout petit et une grande torpeur m'envahit. Il m'amène dans une pièce à coté avec des bougies sur un autel et l'image de l'auto-stoppeur au milieu.
- Tu as un fils, regarde ses yeux intelligents et curieux, il te ressemble vraiment.
Quand je passe devant un auto-stoppeur, je me sens coupable de ne pas m'arréter. A chaque fois on se regarde, ils ont dans leur regard à la fois de l'espoir et de la colère. Moi je fais celui qui les a pas vu.
il pleut et celui là ne m'a pas l'air particulièrement locace. Pourquoi je m'arrète, je ne sais pas. Il ouvre la portière et s'installe à la place du mort sans dire un mot. Il regarde devant lui comme s'il attendait que j'engage la conversation, je lui dit que je vais à Melun, et il me répond par un borborygme qui se termine par un "c'est bon" presque exaspéré.
Je tente d'établir une conversion et lui fait le strict minimum en se plaçant aux limites de la politesse. Je ne sais pas pourquoi mais je sens déjà que je l'énerve. C'est pourtant moi qui me suis arrété et c'est lui qui devrait être reconnaissant. Bizarrement ce rapport s'est presque immédiatement inversé.
Je suis vraiment qu'un minable, tous mes rapports à autrui, à ma femme, à mes enfants à mes amis, à mes collègues, à mes employeurs sont la répétition de cette scène dans la voiture. Je propose d'aider mais la reconnaissance que j'attends est telle, qu'elle fait de moi d'avance un malheureux.
J'aimerai tellement que cela cesse, tout rompre et ne vivre plus que ma vie. A ne rien devoir à qui que ce soit. Me retirer dans une maison dans la montagne et méditer pendant des années. Une vie hérémistique pour être enfin libre. Reconnaitre l'illusion de mes désirs et du désir des autres, pour ne plus en avoir finalement et connaitre la paix.
J'ai envie d'un café. Je m'arrète dans une station et propose à mon silencieux coéquipier de me suivre pour un café. Là je sens que je l'agace vraiment. Bon si j'ai bien compris il m'attend et moi je reviens vite.
Mais pourquoi je luis dis pas de se casser, il est pas spécialement costaud, mais moi je suis coincé, je comprends pas. Le café coule de la machine. Je bois, pire j'ai l'effronterie d'acheter un Twix. Cette pensée ne me fait même pas sourire. Pourquoi je suis rendu à un tel point de médiocrité, comment j'ai pu en arriver là, alors qu'il y avait tellement, tellement d'autres possibles, d'autres voyages, d'autres horizons.
Ma voiture recule, elle sort rapidement de son stationnement et la légère courbe de sa trajectoire lui permet de se replacer dans l'axe de la route. Je trouve la manoeuvre efficace et le mouvement est rapide et sans hésitation. Je me dis que dans le fond il y a vraiment des gens qui s'adaptent presque instantanément à un nouveau véhicule et qui me donne le sentiment de le piloter déjà mieux que moi. La voiture démarre alors en trombe et rejoint immédiatement la bretelle de sortie de l'autoroute.
Ce qui se passe dans mon esprit est vraiment tres simple : la partie gauche hurle à la partie droite que l'autostoppeur lui pique la bagnole, et la partie droite répond placidement qu'il est trop tard et que dans le fond c'est qu'une bagnole et puis finalement ça nous fera un bon prétexte pour pas aller au boulot. Mais la partie gauche s'obstine. Ca passera pas au niveau des assurances, qu'est-ce que les gens dans la station vont penser si je fais rien ?
Bref je me mets à courrir après la voiture.
Pas très longtemps en vérité, la maitrise de l'auto-stoppeur n'était qu'apparente, il panique et sort trop vite de la brettelle, un camion citerne a tout juste le temps d'envoyer sa sirène que le bruit des toles le fait taire. Pas un bruit de freins, je suis au milieu de la route, vide et léger. J'observe.
Le camion s'incline les voitures qui s'apprétaient à le doubler n'ont pas le temps de fréiner le carambolage est sans appel, le camion explose.
Les flammes, puis d'autres bruits de percussions parviennent à mon esprit saturé d'événements. J'observe. J'observe ma respiration et aussi les flammes. Mais j'observe surtout ma respiration.
J'avais donc laissé les clés, était-ce possible ? Peut-être avais-je eu peur de le véxer. En retirant les clés je lui aurai signifié qu'il ne m'inspirait pas confiance, même ça je n'ai pas eu la force de l'exprimer. Et voilà que celui qui était à la place du mort était effectivement mort. Bizarrement toute l'attention de la station service avait été happé par l'accident, personne n'avait trouvé étrange ma course sans conviction pour rattraper ma voiture. Dans la confusion tout le monde pensait que je m'étais précipité pour assister à la scène.
Je me tais, je reviens à la table et je finis mon café. Une force irresitible me cloue à la table et me pousse à me taire à ne rien exprimer, à ne rien expliquer. Je décide de ne rien faire. Desepéré par ma médiocrité je prends comme décision solennelle de ne plus qu'observer, c'est ce que j'ai de mieux à faire.
Ca s'agite dans tous les sens dans la station. J'entends mon nom dans la bouche d'un gendarme.
- On comprends pas pourquoi il a accéléré aussi brutalement, il a aucun antécédent dans ce style.
- Je vais appeler son épouse
- Et si elle veut voir le corps ?
- On va lui faire comprendre qu'il a été complétement carbonisé et que cela risque plus de la traumatiser que de lui rappeler le souvenir de son mari.
- Bon, ba, bon courage.
Je venais de comprendre que finalement j'étais aussi à la place du mort, la carbonisation du corps a permis la confusion.
Et moi qui souhaitait être enfin libre de toutes attaches, recouvrer une totale liberté. Et bien voilà. Si tôt dit si tôt fait en quelque sorte.
Mais quelques pensées viennnent troubler cette enthousiame innatendue. Je suis mort donc libre de tout engagement mais d'un autre côté j'ai pas d'identité, je peux même pas prendre celle de l'auto-stoppeur, je ne connais rien de lui et ses papiers (si il en avait) ont dû bruler. Ensuite je ne pouvais pas resister au désir d'assister à mes propres funérailles et voir toute ma foutue famille pleurer ou faire sembant de pleurer ma dépouille.
Enterrement
Mon fils pleure, il a l'air de vraiment souffrir, j'essaye de repousser une pensée, mais elle s'impose : si moi je me voyais comme un minable il n'y a rien finalement qui me prouve que les autres me regardaient comme un minable. En particulier mon fils. Je suis vraiment qu'un minable. Comment ai-je pu penser aussi longtemps que le monde m'apréhendait comme je l'apréhendais.
Ma femme ne pleure pas, ses lèvres sont serrées. J'ai l'impression que les dernières forces qui lui permettaient de resister à la depression vont bientôt la quitter, de longues nuits blanches l'attendent. La gratuité de mon départ est complète, et finalement c'est un acte égoïste de plus.
Ma fille n'est pas là, ni ma mère, elle doit la garder. Mon père a l'air totalement sonné, comme si il n'était pas là, comme si il était nulle part. Juste à pas être.
A ma surprise mes trois seuls véritables amis sont là aussi.
Le cercueil glisse dans la tombe, ma femme pleure, je me rends compte à quel point je n'ai pas compris tout ce qui était autour de moi.
Que faire ? Quelque chose se joue. Maintenant je peux revenir et expliquer que j'ai eu un coup de folie devant l'opportunité d'etre pris pour le mort. Mais alors cette incroyable liberté, celle qui vient en quelques jours à peine de m'ouvrir les yeux, je la perds. Est-ce que j'effacerai réellement le traumatisme chez mes enfants ?
Je ne l'effacerai pas mais je pourrai beaucoup l'atténuer. Maintenant je vais être courageux.
J'avance devant la tombe parmi les miens, tous ont les yeux rivés au fond du trou et personne ne me remarque, alors je décide de parler
- En fait je ne suis pas mort.
Personne ne lève les yeux ... C'est pas possible, voila que ça recommence personne ne me remarque.
- Vous entendez je ne suis pas mort !
Je commence a être inquiet, c'est vraiment comme si j'étais pas là, tout le monde regarde le fond de la tombe. Je saisis le bras de ma femme, elle a un frisson mais ma main traverse sa main.
Le prêtre poursuit son prèche.
- Nous avons aussi une pensée pour l'auto-stoppeur qui l'a accompagné, cette homme allait être père et son enfant va naître orphelin. Pour tout cela Dieu prends pitié.
Réincarnation
Ah bon mais que s'est-il vraiment passé alors ?
Tout s'obscurcit autour de moi, je ressens une grande plénitude, comme si toutes ses questions étaient devenues très secondaires.
Puis la lumière revient, une douleur indicible me comprine le crâne.
- C'est un garçon
- Donne le moi
Un viel homme me saisit, mon corps est tout petit et une grande torpeur m'envahit. Il m'amène dans une pièce à coté avec des bougies sur un autel et l'image de l'auto-stoppeur au milieu.
- Tu as un fils, regarde ses yeux intelligents et curieux, il te ressemble vraiment.
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