samedi 30 novembre 2013

Le boudha de Rio

Comme chaque matin il  se mit en tailleur pour commencer à méditer.  Sa langue posée contre son palais, sa mâchoire ouverte pour ne laisser passer qu'une feuille de papier, ces yeux a demi clos, son dos droit, sa tête légèrement inclinée vers le bas il commença a se concentrer sur sa respiration. Il fallait malgré le bordel matinal de ses pensées porter son attention sur le souffle. C'était un peu comme si au milieu du carnaval de Rio on lui ordonnait de suivre quelqu'un de loin. En permanence invité à boire, à rire, à danser ou à se battre, il devait toujours garder un œil sur lui. Puis à chaque fois qu'il se laissait distraire, « que sa filature l'avait semée » il devait recommencer sans s'énerver bien sûr.

Cet exercice qu'il avait regardé comme une première étape triviale mais nécessaire, s'était révélé beaucoup plus difficile. Ce n'était pas trois ou quatre minutes qu'il parvenait a maintenir son attention mais plutôt trente ou quarante secondes au mieux. A l'intérieur même de ces temps il ne pouvait pas dire qu'il avait cessé de penser à autres choses mais ils pouvaient au moins dire que même si “il avait participé aux festivités du carnaval, il n'avait pas lâché son homme”. Plus il répétait cet exercice, plus le calme le gagnait.

Il est difficile de parler d'habitude en méditation.  c'est un peu comme si quelqu'un le matin au réveil vous dit d'un ton las qu'il a fait ses rêves habituels. Quelque chose d'inhabituel s'était présenté à la quatrième série.

Sa quatrième série lui rappelait le début de ses crises d'angoisses il y a huit ans.

Il y a huit ans il avait commencé la méditation et aussi rencontré sa femme. Un après midi alors que ses beaux parents les visitaient il décida devant eux, de se retirer pour une session de méditation, mais le regard de sa femme à ce moment là le laissa perplexe. Il aurait peut être pu être un peu plus discret sur cette pratique devant ses beaux parents. Mais en même temps ils le saturaient complètement. Sa belle mère égrenait des  banalités à chaque minutes et son beau père était un réactionnaire qu'il allait devoir supporter tout un weekend. S'isoler dans une pièce pour la méditation fut le seul prétexte qu'il trouva, et prétexte pour prétexte il décida de faire de cette heure ce qu'il avait prétexté de faire.

Il était trop tard, le jugement de l'autre allait de toutes façon l'écraser. Il ressentit la présence « d'un autre » plein de reproches et des sensations physiques très marquées prirent place. D'abord une impression d'écrasement sur lui-même. Il tenta de prendre ses distances vis a vis de ces sensations, en essayant d'observer leur impermanence, mais cette technique n'a d'efficacité que dans un esprit calme. Le sien ne l'était n'était pas, donc ça n'était pas d'un grand secours face à la violence du phénomène qui prenait place.

Il décida de couper court et respira un grand coup, sur lui descendit alors des sensations diffuses de peur, sur le cœur, dans le ventre et dans les fesses. C'était insurmontable, d'une violence inouïe. Était-il en train de devenir fou ? Il se le demandait sincèrement.

Il se rassit dans le salon parmi ses beaux parents, et commença une activité qui allait durer trois années : donner le change. Il ne pouvait plus départager l'absurdité du monde de celle de son esprit, alors il choisit de faire profil bas.

Heureusement, ces heures sombres avaient pu s'éclaircir au bout de trois pénibles années. Sa fille  et sa femme atténuèrent sa souffrance et au bout de huit ans il reprit la méditation.

Pas grand chose n'avait changé, si ce n'est qu'il avait aussi appris à méditer sur la compassion, qu'il avait appris à se cacher de la bêtise de ses prochains et surtout  a totalement abandonner l'observation pour ne plus travailler que sur la concentration quand il percevait le retour de fortes angoisses. Bizarrement à l'époque, il n'avait pas eu ce simple réflexe qui aurait pu lui permettre de traverser cette  période plus facilement.


Devant le retour de l'angoisse, il se concentra sur la méditation de l'échange, en prenant avec lui les souffrances de ceux qui souffre de leur esprit.


Le bouddha de Rio passa sur son grand char fleuri, les pétales de fleurs tombèrent en pluie.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire